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Le - La gendarmerie rend un hommage appuyé à ses héros du quotidien

La gendarmerie rend un hommage appuyé à ses héros du quotidien

Auteur : le commandant Céline Morin – publié le 15 juillet 2021

© MI DICOM – ADC D. Mendiboure

C’est une cérémonie inédite, présidée par la ministre des Armées et le ministre de l’Intérieur, qu’a accueillie l’Hôtel national des Invalides, ce jeudi 15 juillet. Rendant hommage à tous les héros du quotidien, elle a permis d’honorer une nouvelle fois la mémoire des gendarmes décédés dans l’exercice de leurs fonctions depuis le 1er janvier 2020. Onze gendarmes, l’épouse de l’un d’eux, ainsi qu’un chien ont également été décorés pour s’être particulièrement illustrés.

Cette année, 76 gendarmes ont défilé sur les Champs-Élysées, à l’occasion du 14 juillet, dans un détachement baptisé « Héros du quotidien », tandis que trois de leurs camarades, blessés en intervention au cours de l’année écoulée, ont pu observer le défilé depuis les tribunes.

Ce 15 juillet, dans ce même esprit, l’Hôtel national des Invalides a accueilli une cérémonie inédite, rendant hommage à l’engagement quotidien de tous les gendarmes de métropole et d’outre-mer, qui doivent faire face et s’adapter à des situations complexes, tendues, voire risquées.

Répondre présent, pour la population. Assurer sa protection et garantir la sécurité publique. Tel est le leitmotiv quotidien de la vie des gendarmes, et ce, quelle que soit la situation. Un engagement qui ne fléchit pas face aux crises successives, ainsi que l’ont démontré les événements qui ont marqué, et parfois endeuillé, l’année écoulée : des catastrophes naturelles, à l’instar de la tempête Alex, à la gestion de la crise sanitaire, en passant par les crises opérationnelles « du quotidien » (secours à des victimes de VIF, comme à Saint-Just ou Lardin-Saint-Lazare ; premiers secours sur accident routier ; multiplication des refus d’obtempérer lors de contrôles routiers ; opérations de maintien de l’ordre ; forcenés retranchés seuls ou avec des proches, et armés ; rixes sur la voie publique, etc.), les gendarmes font face chaque jour, avec courage, sang-froid et professionnalisme… parfois jusqu’au sacrifice de leur vie.

Hommage aux camarades disparus

Avant d’accueillir Florence Parly, ministre des Armées et Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, invités à coprésider la cérémonie organisée dans la cour d’honneur des Invalides, le général d’armée Christian Rodriguez, Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), a tout d’abord effectué deux dépôts de gerbe, le premier dans le caveau des gouverneurs des Invalides, puis un autre au pied de la plaque de la gendarmerie nationale.

Après la revue des troupes par les hautes autorités, c’est par un hommage solennel aux morts que la cérémonie a commencé, lequel n’avait pu être rendu au niveau national le 16 février dernier, comme le veut la tradition, au regard de la crise sanitaire.

« Tout au long de ses siècles d’existence, la gendarmerie n’a pas pleuré ses morts. En vérité, elle a préféré les honorer et leur rendre hommage, car l’oubli est la seule véritable mort. Car le tombeau de nos camarades est en nous, c’est le cœur des vivants […] La mémoire de nos héros, c’est enfin – et surtout – entretenir et perpétuer ces petits héroïsmes, l’engagement désintéressé et la bravoure dans la modestie du quotidien, quand il s’agit d’être tout à sa mission et tout au service de l’autre. […] Il ne faut pas perdre la mémoire de tous ces gendarmes, morts pour la France, morts pour le service de la Nation, morts en service commandé. Chaque année, des officiers, des sous-officiers, des militaires du rang, d’active et de réserve, vont jusqu’au bout de leur engagement, tenant le serment de « l’esprit de sacrifice pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême » qu’exige l’état militaire. Cinq, dix, parfois plus. Dans ce même engagement dans la mission, environ 7 000 autres sont blessés »,a-t-il été lu en préambule, avant que ne soient sobrement égrenés les noms des huit camarades décédés dans l’exercice de leurs fonctions depuis le 1er janvier 2020 : le gendarme Éric Charles, de l’escadron de gendarmerie mobile 41/7 de Dijon, la majore Mélanie Lemée, de la brigade de proximité d’Aiguillon, la gendarme Maud Le Gall, de la compagnie de réserve territoriale de La Rochelle, le major Joachim Kaczmarek, de la brigade de proximité de Roisel, le LCL Cyrille Morel, de la compagnie de gendarmerie départementale d’Ambert, le major Rémi Dupuis, de la brigade de proximité d’Ambert, le gendarme Arno Mavel, du peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie d’Ambert et le brigadier Jérémy Andrieux, du centre national d’instruction des forces gendarmerie.

En leur mémoire, le silence a ensuite régné le temps d’une minute de recueillement.

Remise de 13 décorations

Les ministres et le directeur général ont ensuite décoré à tour de rôle onze gendarmes, l’épouse de l’un d’eux, ainsi que le chien d’une équipe cynophile (son maître étant également décoré), s’étant tous particulièrement illustrés au cours de l’année écoulée :

– la gendarme Ophélie, de l’EGM 42/2 de Guéret, décorée de la médaille d’argent de la sécurité intérieure par le ministre de l’Intérieur, pour son action dans le cadre de l’interpellation d’un mineur ayant commis de multiples infractions au volant d’un véhicule signalé volé, le 25 juin 2020 à Porto-Vecchio (Corse) ;

– Madame Marion L., infirmière et épouse de l’adjudant Jean-Charles, de la brigade de proximité de Saint-Martin-Vésubie, décorée de la médaille de la gendarmerie nationale par la ministre des Armées, pour son action dans le cadre des intempéries ayant frappé de plein fouet le département des Alpes-Maritimes au début du mois d’octobre 2020 ;

– le lieutenant Cédric, pilote, commandant la section aérienne de gendarmerie de Digne-les-Bains, décoré de la médaille de la gendarmerie avec étoile de bronze par le ministre de l’Intérieur, pour son action dans le cadre des intempéries ayant frappé de plein fouet le département des Alpes-Maritimes au début du mois d’octobre 2020 ;

– le colonel Nasser Boualam, commandant le groupement de gendarmerie départementale des Alpes-Maritimes, décoré de la médaille d’or de la défense nationale avec étoile d’argent par le DGGN, pour son action dans le cadre des intempéries ayant frappé de plein fouet le département des Alpes-Maritimes au début du mois d’octobre 2020 ;

– l’adjudant Yannick, du peloton de gendarmerie de haute montagne détachement de Modane, décoré de la médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze par la ministre des Armées, pour son action à la suite du crash d’un hélicoptère de la SAF, le 8 décembre 2020, à Bonvillard ;

le major David, du peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie de Lucé, décoré de la médaille de la gendarmerie nationale avec étoile d’argent par le DGGN, pour son action dans le cadre d’une interpellation domiciliaire, au cours de laquelle il a été blessé ;

– le gendarme Jérémy, alors affecté au peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie d’Ambert, décoré de la médaille d’or de la sécurité intérieure par le ministre de l’Intérieur, pour son action lors des événements survenus à Saint-Just (intervention sur une situation de violences intra-familiales) le 22 décembre 2020, au cours desquels trois gendarmes ont perdu la vie ;

– la maréchale des logis Léonie, alors affectée à la communauté de brigades d’Ambert, décorée de la médaille d’or de la sécurité intérieure par le DGGN, pour son action lors des événements survenus à Saint-Just (intervention sur une situation de violences intra-familiales) le 22 décembre 2020, au cours desquels trois gendarmes ont perdu la vie ;

– le brigadier Nicolas, de la brigade de proximité de Pont-Sainte-Maxence, décoré de la médaille d’or de la Défense nationale avec étoile d’argent par la ministre des Armées, pour son action dans le cadre de violences urbaines survenues dans la nuit du 8 au 9 février 2021, au cours desquelles il a été blessé ;

– le lieutenant Pascal, du peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie de Saint-Nazaire, décoré de la médaille de la gendarmerie nationale avec étoile d’argent par le DGGN, pour son action dans le cadre d’une interpellation domiciliaire, au cours de laquelle il a été blessé ;

– le gendarme Loïck, de l’escadron de gendarmerie mobile 15/4 de Sarreguemines, décoré de médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze par la ministre des Armées, dans le cadre de son action face à une femme menaçante, divaguant sur la voie publique avec un fusil ;

– le gendarme Antoine, du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, et son chien Onex, tous deux décorés de la médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze par le ministre de l’Intérieur, pour leur action conjuguée dans le cadre de la recherche et de l’interpellation d’un individu armé, auteur de violences et ayant ouvert le feu sur les forces de l’ordre, le 31mai dernier à Lardin-Saint-Lazare. Une récompense rarement décernée à nos camarades à quatre pattes ; Onex étant d’ailleurs le premier chien du GIGN à la recevoir.

© Sirpa Gend – GAV M.-A. Saillet

« Gendarmes, vous êtes ces héros accessibles, familiers, bienveillants, solides, discrets, attentifs »

Successivement, dans leurs allocutions respectives, les deux ministres ont de nouveau rendu hommage aux huit gendarmes décédés. « Il n’existe pas de mission évidente, il n’existe pas de mission sûre. Il n’existe que des missions délicates, complexes et dangereuses, pour lesquelles, forts de votre professionnalisme, vous prenez tous les risques, ceci afin de protéger les Français. Comme vos frères d’arme, vous connaissez le sens du don de soi, jusqu’au sacrifice ultime. De certaines missions, on ne revient pas. […] Ils (les gendarmes décédés en 2020, NDLR) ont accepté de servir pour les Français, de se donner corps et âme pour leur pays. Ils se sont engagés pour protéger leurs concitoyens. Ils ont sauvé des vies et ils ont donné la leur. Ils sont allés au bout de leur engagement », a déclaré Florence Parly.

« Nous les pleurons et nous sommes fiers d’eux, a confirmé Gérald Darmanin, rappelant par ailleurs à cette occasion « que toute agression physique, verbale, psychologique contre les forces de l’ordre est absolument inacceptable. […] Gendarmes, vous êtes en première ligne et en dernier recours. C’est vers vous que nos concitoyens se tournent quand frappe le drame et survient l’incertitude. Quand le mal a toutes les audaces, votre institution doit avoir tous les courages. Vous en faites chaque jour la démonstration éclatante. […] Soyez remerciés de votre travail et de votre vocation. »

À cette cérémonie d’hommages, le ministre de l’Intérieur et la ministre des Armées ont également souhaité associer les familles : « Je sais que votre sacrifice est grand et que vos amis et surtout votre famille font parfois partie de ce sacrifice. » Et Gérald Darmanin de poursuivre en revenant sur les crises successives, l’accentuation des menaces et l’augmentation des violences qui marquent notre époque : « Nous avons besoin de protection et de repères solides. Nous avons besoin de héros familiers, accessibles, bienveillants, qui veillent sur nous à chaque instant, Gendarmes, vous êtes ces héros accessibles, familiers, bienveillants, solides, discrets, attentifs. […] Nous pourrions croire à tort que l’héroïsme ne serait réservé qu’à des actions absolument extraordinaires. […] L’héroïsme du quotidien, c’est le courage de s’engager et le courage de servir. C’est accomplir sa mission jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix, quel qu’en soit le découragement, quelles qu’en soient les difficultés. »

Florence Parly a quant à elle souligné à cette occasion les liens puissants et les valeurs qui unissent la gendarmerie et les armées : « Ce sont les indénouables liens du cœur, ceux qui font la fraternité d’armes. […] Vous aussi, vous êtes animés par les valeurs que partage toute la communauté militaire : le sens de la mission, le sens du devoir, le sens du sacrifice, le sens de la Nation. Vous aussi, vous avez l’engagement chevillé au corps, vous cultivez la résilience, le respect des aînés, l’esprit d’innovation et d’initiative, vous vous élevez dans la camaraderie et dans la fraternité d’armes. Ce socle de valeurs constitue une véritable force pour l’institution et pour la Nation, et tout particulièrement en période de crise. C’est cette force d’âme dont vous faites preuve en toutes circonstances, collectivement et individuellement. C’est ainsi que vous faites face à l’épreuve, même la plus rude, quoi qu’il arrive. »

© Sirpa Gend – GAV M.-A. Saillet

Le nouveau chant de la gendarmerie entonné pour la première fois

Les allocutions officielles ont ensuite laissé place aux voix du Chœur de l’armée française, qui ont entonné pour la première fois, en ce lieu hautement symbolique, le nouveau chant de la gendarmerie (en téléchargement ci-contre), créé cette année. Source de cohésion et d’esprit de corps, à l’instar de tous les chants militaires, celui-ci sera désormais enseigné dans toutes les écoles de gendarmerie.

Après les honneurs au drapeau, marquant la fin de cette cérémonie forte en émotions, les ministres, accompagnés du directeur général, se sont entretenus à huis clos avec les familles endeuillées, puis dans un second temps avec les blessés et leurs familles, pour leur faire part de leur soutien et des remerciements de la Nation pour les sacrifices consentis.

Si pendant ces deux journées, seuls quelques-uns ont été mis à l’honneur, à travers eux, c’est à l’ensemble des héros du quotidien, toutes ces femmes et tous ces hommes qui œuvrent pour la population, jour après jour, que s’est adressée la reconnaissance de l’Institution, et plus largement de la Nation.

Source : www.gendinfo.fr

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