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Le - Le civil de la gendarmerie roulait sans permis

Le civil de la gendarmerie roulait sans permis

Poitiers. Dénoncé à plusieurs reprises pour conduite sans permis par ses « collègues », un secrétaire de l’état-major a été arrêté par la police.

La caserne Coustans, à Poitiers, lors d'une prise d'armes.

La caserne Coustans, à Poitiers, lors d’une prise d’armes.(Photo archive, X.B.)

Le gendarme, comme le policier, n’aime pas trop qu’on empiète sur ses plates-bandes. Mais pour Fabrice, 60 ans, poursuivi pour conduite sans permis devant le tribunal correctionnel de Poitiers mercredi 31 juillet 2019, les militaires ont fait exception à la règle. Ce sont les policiers du commissariat de Poitiers qui ont interpellé ce secrétaire administratif (un civil) de la gendarmerie en poste depuis 1983 à la caserne Coustans, à l’état-major de la gendarmerie. C’était mardi 30 juillet 2019, à deux pas du site militaire.

« Il arrive qu’on me confonde avec quelqu’un d’autre »

Fabrice est arrivé en comparution immédiate encadré par trois policiers. L’épilogue d’un (très) long malaise.
Le permis de Fabrice avait été retiré… en 2012! La décision avait été prononcée à La Rochelle. Il avait été condamné le 27 juin 2019 à Poitiers pour ces faits. Depuis, l’homme roulait sans permis, ce qui avait visiblement le don d’agacer ses collègues militaires de l’état-major, chargés de faire respecter la loi.
Le 13 avril 2019, un capitaine avait déjà constaté que ce collègue « qu’il croise quotidiennement dans les couloirs de l’état-major »circulait à hauteur du RICM à Poitiers à bord d’une Opel Astra grise décapotable immatriculée au Luxembourg. Le gradé avait un doute. Fabrice lui avait annoncé avoir récupéré son permis en mars. Faux, avait constaté le capitaine. « Il arrive qu’on me confonde avec quelqu’un d’autre », avait estimé le prévenu. L’histoire en était restée la.
Jusqu’au 5 juillet. Un gendarme de la caserne découvre de nouveau Fabrice au volant. « Ce n’était pas moi. » Rebelote le 9 juillet, rue du Capitaine-Bès. Cette fois-ci, c’est un major de la gendarmerie qui affirme reconnaître le secrétaire au guidon d’un scooter Piaggio 500 cm lui aussi immatriculé au Luxembourg. Il décide de le prendre en chasse avec gyrophare et deux tons mais abandonne pour éviter un accident.

« La prochaine fois, vous partez en détention! »

Face aux magistrats, Fabrice ne se démonte pas: « Le scooter avait été vendu et j’étais à la caserne Coustans quand il dit m’avoir vu. » 
Dans les couloirs de l’état-major, la tension est à son comble. Les militaires décident finalement d’avertir les policiers le 30 juillet. Fabrice est au volant de sa décapotable. Interpellé par les policiers, il finit par reconnaître qu’il n’a plus le permis. À la barre, il affirme « qu’il avait des problèmes avec sa hiérarchie » et soupçonne des faux témoignages de leur part.
« Ce qui est assez formidable, c’est sa faculté à être de mauvaise foi, tonne le procureur. Il vient nous faire croire que l’état-major de la gendarmerie de Poitiers a décidé de faire de faux témoignages pour l’accuser! Depuis sa condamnation fin juin, il a recommencé trois fois! » Le ministère public requiert six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans et confiscation des véhicules. « Et je vous le dis clairement: la prochaine fois, vous partez en détention! »

Mis en retraite anticipée

M Mégane Mironneau, avocate de Fabrice, a demandé une relaxe pour les trois premiers faits. « Les gendarmes l’ont reconnu mais ne l’ont pas interpellé. J’émets des doutes sur l’intégrité morale des gendarmes dans cette procédure. Je pense qu’on a voulu le mettre à l’écart. Il a d’ailleurs été mis en retraite anticipée et a perdu son statut de fonctionnaire. » 
Les magistrats n’ont pas trouvé de circonstances atténuantes à celui « qui fait fi de la loi alors qu’il travaille en gendarmerie »: six mois de prison dont trois avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans. Les deux véhicules ont été confisqués et Fabrice aura obligation de payer les amendes au Trésor public, de repasser son permis de conduire et de participer à un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

Xavier Benoit

Source : www.centre-presse.fr

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