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Quatre gendarmes d’Issoire se confient sur leur quotidien et les situations dramatiques qu’ils rencontrent

Publié le 02/07/2019 à 18h27

Quatre gendarmes d'Issoire se confient sur leur quotidien et les situations dramatiques qu'ils rencontrent

Malgré l’image que l’on peut se faire de ces hommes et femmes en uniforme, la violence des drames qu’ils côtoient a un impact. © Nicolas Jacquet

Annoncer un décès, arriver sur un accident dramatique, assister à une autopsie sont des tâches inhérentes au métier de gendarme. Mais cela laisse des traces. Plusieurs militaires de la compagnie d’Issoire ont accepté de se confier sur ces maux contre lesquels, l’arme et les équipements ne peuvent rien.

« Quand on est appelé, ce n’est pas pour un mariage ou une naissance. On côtoie toujours le plus mauvais coté de l’humain. La misère sociale, les violences, l’alcool. On est rarement confrontés à de belles choses. »

Quatre gendarmes de la compagnie d’Issoire ont accepté de se confier sur l’envers du décor. Les maux engendrés par les drames auxquels ils assistent. Ces blessures que l’on ne voit pas. Comme au retour d’une intervention où ils sont confrontés à la mort.

« Parfois c’est très difficile », reconnaissent-ils. Face à ce sujet sensible, l’un d’entre-eux prend la parole et se confie le premier. « Même si on est professionnel, il y a des fois, on est obligé de faire un rapprochement avec sa vie personnelle. Cela m’est arrivé sur une découverte de cadavre. C’était un garçon de 7 ans. Le même âge que mon fils à l’époque. C’est la seule fois de ma vie où je n’ai pas pu faire les constatations. On est des êtres humains. »

La force du collectif

Dans ces moments compliqués, ces militaires doivent faire preuve de détachement et s’appuyer sur les collègues. « Souvent, le débriefing, c’est comme une séance de psy. Et puis on plaisante, cela permet de dédramatiser. »

Ensemble, ils égrènent les souvenirs, les moments durs. Mais très vite, ils pensent à leurs jeunes collègues. « On a du vécu en gendarmerie. Mais on a des jeunes et on pense à eux quand ils voient des choses compliquées. On en parle. On le voit vite si ça ne va pas. Car nous, on encaisse peut-être mieux. Je ne dis pas que l’on s’habitue car on ne s’habitue jamais à ces choses-là. »

De cette solidarité ressort un instinct de protection. Pour ne pas confronter les novices aux situations les plus insoutenables.

« Nos plus jeunes, si on peut leur éviter de voir, inconsciemment, on le fait. On a des gamins qui ont quasiment le même âge. On est vigilant. »


L’un des quatre hommes utilise un de ses souvenirs personnels pour mieux expliquer cette facette de leur métier qui laisse des traces.

« J’ai fait une découverte de cadavre une veille de Noël. Une fille de 12 ans s’était pendue dans sa chambre en raison d’une déception amoureuse. La mère a pleuré et hurlé pendant des heures. J’avais 27 ans. Ça marque à vie. »

Pour affronter ces situations, les gendarmes n’ont pas de manuel. « Nous n’avons pas de formation pour gérer le contact humain ou la détresse des gens. Cela s’acquiert avec l’expérience et la transmission des anciens. C’est violent, surtout quand on débute. Mais il n’y a pas de schéma type pour agir, chaque personne est différente. »Manif lycéens – gendarmerie – le 03/12/2018 photo Franck Boileau

Alors, pour les accompagner, la gendarmerie a mis en place des psychologues. Mais dans ce mileu, le mot fait parfois peur. « C’est vu comme une fragilité, une preuve de faiblesse. On est dans un monde militaire. » Malgré tout, ils restent attentifs à ce que vivent les collègues. Et puis il y a la famille. « Les épouses sont là. Elles sont super importantes. On ne peut pas tout garder pour soit. Sinon, on devient fou. »

Les gendarmes de l’ombre sont sur tous les terrains


Ne pas devenir fou, prendre de la distance, ne pas trop s’identifier. Ces formules reviennent sans cesse dans les phrases de ces hommes d’expérience. Car si leur métier les passionne, il peut très vite les atteindre. Comme lors de la tâche qu’ils considèrent comme la plus horrible dans leur mission et qui, normalement, incombe aux maires.

« Quand vous annoncez un décès à un parent ou un proche, on s’en rappelle tout le temps. C’est compliqué à vivre, à encaisser. »

Chacun a sa manière de faire. Mais impossible d’agir comme un robot. « On essaye toujours de prendre du recul car ce sont des personnes que l’on ne connaît pas à la base. On n’a pas d’affect. Mais quand on rentre à la maison, on ne peut pas s’endormir sereinement comme si rien ne s’était passé. »

Et l’un d’eux ajoute : « C’est dur d’être face à la douleur des gens. Là, on est désarmé. Certaines fois, on a envie de les prendre dans les bras mais… on est gendarmes ».

Malgré l’image que l’on peut se faire de ces hommes et femmes en uniforme, la violence des drames qu’ils côtoient a un impact. « On n’oublie jamais. On passe à autre chose, mais on n’oublie jamais. Le gilet pare-balles ne protège pas de cela. »

Nicolas Jacquet

Source : www.lamontagne.fr

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