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Saint-Martin : les victimes de l’ouragan Irma

ont péri en mer

>Faits divers|Nicolas Jacquard À Saint-Martin (Antilles)|03 décembre 2017, 12h17

Saint-Martin, vendredi. Trois mois après l’ouragan, l’île est encore largement dévastée. Pour la population, l’heure est au deuil. ARNAUD DUMONTIER 

Le bilan définitif du passage de l’ouragan est de 11 morts. En majorité des victimes emportées sur leurs bateaux.

Des semaines durant, ils n’ont été qu’un nombre : 11. Celui des victimes de l’ouragan Irma à Saint-Martin, côté français. Un nombre mis en doute d’ailleurs, tant la population, en dépit de la moindre preuve, reste persuadée qu’il a été volontairement sous-estimé par les autorités. Mi-novembre, pour la première fois, les patronymes de ces onze personnes ont été égrenés un à un en prélude à une minute de silence, lors du premier conseil territorial post-Irma.

Dès l’ouragan passé, alors que leurs collègues ramenaient la sécurité, les hommes de l’IRCGN, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, ont effectué un harassant travail d’enquête. Des équipes, baptisées « Harpon », ont été déployées sur toute l’île. « Il s’agissait de vérifier, dans chaque secteur, s’il y avait des cadavres », explique Samuel Finielz, le procureur de Basse-Terre, en Guadeloupe, juridiction dont dépend Saint-Martin.

Un appel à quitter les embarcations

Dans leur quasi-majorité, ces reconnaissances sur terre se sont avérées négatives. Deux de ces onze victimes ont succombé indirectement à l’ouragan, l’une à l’hôpital, l’autre d’un malaise cardiaque sur le tarmac de l’aéroport de Grand-Case, juste avant son évacuation. Pour la plupart des autres, c’est en mer que le drame s’est joué. « C’était sûr que ça allait tabasser, soupire Yannick, un marin chevronné. Avant Irma, les gendarmes ont parcouru toutes les marinas, demandant à ceux qui vivaient dans leur embarcation, au mouillage, de les quitter le temps de l’ouragan. »

Certains de ceux qui n’ont pas voulu s’exécuter l’ont payé de leur vie. Après le passage d’Irma, ce sont cette fois les plongeurs de la gendarmerie qui ont dû être engagés afin de sonder les épaves jonchant le littoral. « Plusieurs corps ont été retrouvés en bord de mer, précise Samuel Finielz. Les premières opérations de médecine légale et d’identification, menées sur place, ont été extrêmement difficiles. »

Comme l’ont relevé ses proches sur son avis de décès, le corps de David Ellis Price a été retrouvé sur une plage, son navire coulant sans lui. Cet Américain de 67 ans ne vivait que par et pour la mer. Avec son bateau, le « Cool Breeze », il sillonnait les Indes occidentales, ces West Indies qu’il connaissait par cœur ou presque, de la Jamaïque aux Bahamas en passant par les îles Vierges et, donc, Saint-Martin. Originaire de Californie, David Price était onze fois grand-père.

A l’exception d’une poignée d’entre elles, dont Daniel Labique, un marin-pêcheur né en Guadeloupe et installé de longue date à Saint-Martin, toutes ces victimes sont en effet de nationalité étrangère. Arthur Bowers, 52 ans, venait pour sa part d’Aruba. Le 5 septembre, il publie sur Facebook une ultime mise à jour, précisant que les vents d’Irma atteignent alors 360 km/h en pointe.

« Comment tenez-vous le coup ? » l’interroge Sharon, l’une de ses amies. « On est OK, Shasha », lui répond-il à 1 h 37 du matin. A 9 h 11, il poursuit avec un dernier message : « C’est de plus en plus dur, le pire est maintenant à venir. » Dans la foulée, ses amis tentent d’en savoir plus sur son sort. Mais les communications sur l’île sont alors coupées. Ce n’est que le 11 septembre qu’un de ses proches publie la tragique nouvelle sur le même fil de discussion : Arthur Bowers n’a pas survécu.

Une immense vague emporte une grand-mère et son petit-fils

Une fois identifiées, les dépouilles ont été envoyées en Guadeloupe pour autopsie, avant d’être rapatriées dans le pays d’origine de chacun. Pour certaines victimes, l’ensemble du processus a pris plusieurs semaines. C’est ce qui explique que la famille d’Olivier et Melan a dû sursoir un temps à leur inhumation. Le petit garçon de 3 ans vivait avec sa grand-mère à Trinidad et Tobago. Melan Savary s’occupait de lui quasiment à temps plein depuis sa naissance. Régulièrement, le duo venait rendre visite à la mère de l’enfant, Daphne, à Saint-Martin.

Au plus fort des rafales, toute la famille était regroupée avec d’autres proches dans une maison lorsque celle-ci a commencé à montrer des signes de faiblesse. « Un mur est tombé puis la structure s’est disloquée », a raconté la sœur de Melan aux médias de Trinidad. Une immense vague a alors emporté la grand-mère et son petit-fils. Leurs corps ont été retrouvés plusieurs jours après, à quarante-huit heures d’intervalle. Accablée de douleur, sa sœur a trouvé la force de faire part de sa tristesse et de ses condoléances « pour tous ceux frappés par Irma dans les Caraïbes ».

Sourcewww.leparisien.fr

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