Des vies sauvées, des vocations confirmées
- Par Sasha Gougis avec Lia Laigle
- Publié le 17 août 2026

Une mission de prévention de proximité sur l’autoroute, une patrouille pédestre lors d’un stage d’immersion en brigade, un trajet en voiture un soir de réveillon, un passage à la laverie lors d’un week-end de repos : rien ne laissait présager que ces moments basculeraient en quelques minutes dans une situation d’urgence absolue. Pourtant, à chaque fois, la même mécanique se met en place : celle du réflexe, de la lucidité et de l’action. Témoignages d’élèves gendarmes qui ont été récompensés en 2026 pour des actions remarquables, et pour qui ces interventions constituent des expériences fondatrices qui renforcent leur vocation.
L’élève gendarme Douglas, une nuit sur l’autoroute A7
Élève gendarme à l’École de gendarmerie (E.G.) de Tulle, Douglas était Gendarme adjoint volontaire (GAV) au Peloton motorisé (P.Mo.) d’Orange, dans le Vaucluse, le 1er juillet 2025. Ce soir-là, sa patrouille circule sur l’autoroute A7 dans le cadre d’une mission de prévention de proximité, lorsqu’un appel du centre opérationnel signale la présence d’un individu assis sur la rambarde d’un pont. En passant à proximité, les gendarmes l’aperçoivent effectivement, les pieds dans le vide.
Les gendarmes décident de prendre les choses en main sans attendre l’arrivée des pompiers pour éviter le pire. « C’était une situation plutôt stressante qui pouvait très vite se dégrader, se souvient Douglas. Tout de suite, il a fallu prendre les premières mesures : alerter la hiérarchie, les services autoroutiers, demander un renfort. »
Le chef de patrouille engage le dialogue avec l’individu. Au fil des minutes, la menace d’un passage à l’acte se précise et l’autoroute doit être coupée à la circulation, en pleine période estivale. En dépit des risques, les militaires empruntent de nuit l’autoroute à contre-sens et parviennent à bloquer progressivement le flux important des véhicules. La tension ne retombera qu’à la prise en charge de l’homme par les sapeurs-pompiers.
Cité pour cette intervention par le Commandant des écoles de la Gendarmerie nationale (CEGN), le général de corps d’armée Laurent Bitouzet, le jeune militaire reste mesuré. « Je ne vois pas cela comme une récompense. Je ne m’y attendais pas, même si ça fait plaisir. Mais c’est notre métier. » Premier gendarme de sa famille, il préfère revenir sur cette intervention avec ses collègues plutôt qu’avec ses proches. Une conviction l’anime : « Ce n’est pas parce que ça a été stressant que ça a été traumatisant. Ce type d’expérience permet au contraire d’être meilleur, au fur et à mesure de sa carrière. »
Douglas est désormais affecté à la Brigade territoriale autonome (BTA) de Grimaud, dans le Var.
Les élèves gendarmes Grégoire et Nicolas, une première intervention marquante

Affectés à l’E.G. de Montluçon, les élèves gendarmes Grégoire et Nicolas, alors en stage d’immersion à la Communauté de brigades (CoB) de Châtelus-Malvaleix, dans la Creuse, participent avec leur chef de patrouille à la sécurisation d’un défilé de la Sainte-Barbe, au mois de décembre 2025. Sur le chemin du retour, à pied, une odeur de fumée attire l’attention du trinôme : des flammes ravagent déjà le toit d’un abri de jardin. Un homme d’une soixantaine d’années tente seul d’éteindre l’incendie à l’aide de seaux d’eau.
Interrogé sur la présence d’autres personnes sur les lieux, l’homme, obnubilé par la volonté de sauver un appareil photo, ne répond pas immédiatement. Les gendarmes découvrent alors des bouteilles de gaz et apprennent que son épouse se trouve toujours à l’intérieur de la maison, sans avoir conscience du danger. « C’était ma toute première intervention, raconte Grégoire. Au début, je n’avais pas peur, j’étais concentré sur ce que je devais faire, mais c’est vrai que j’ai eu un coup de frayeur quand j’ai appris pour les bonbonnes. »
Rapidement, une première bouteille explose, embrasant le toit qui commence à s’effondrer. La femme sort de la maison, apeurée. Le mari, désorienté, cherche à entrer à l’intérieur pour récupérer des affaires. Comprenant la dangerosité de la situation, les gendarmes le maîtrisent jusqu’à l’arrivée des pompiers, qui prennent en charge son épouse, incommodée par les fumées toxiques. Les militaires apprendront par la suite que le frère de l’homme venait de décéder et qu’il s’agissait de la maison familiale, expliquant son acharnement à vouloir tout sauver. L’intervention se conclut heureusement sans blessé grave.
Issu d’une famille où l’on sert déjà sous l’uniforme, Nicolas nourrit le projet d’entrer en gendarmerie depuis l’enfance, conforté par un stage d’observation effectué au collège auprès de plusieurs unités des Pyrénées-Atlantiques. Entré à l’E.G. de Montluçon en juillet 2025, l’élève gendarme n’a donc pas eu à attendre la fin de sa formation pour vivre sa première intervention marquante. « Sur le moment, une peur existe, reconnaît-il, mais pas une peur paralysante. »
Une citation à l’ordre du régiment du CEGN a été remise aux deux élèves gendarmes lors de la cérémonie de fin de formation, lue devant leurs proches. « J’ai vu la fierté dans les yeux de mes parents », confie Nicolas. Interrogé sur une éventuelle appréhension à l’idée de revivre une telle situation, il se montre catégorique : « Je pense que je réagirais de la même manière. La préservation des vies, ça passe avant tout : c’est le cœur de notre métier. » « Cette citation est une fierté, complète Grégoire, mais avant tout, je suis satisfait d’avoir pu potentiellement sauver une vie. »
Nicolas est aujourd’hui affecté à la Brigade de proximité (B.P.) de Sousceyrac-en-Quercy, dans le Lot, et Grégoire à celle de Gueugnon, en Saône-et-Loire.
L’élève gendarme Matteo, seul face à l’accident, la nuit du réveillon

Ce 24 décembre 2025, aux alentours de minuit, l’élève gendarme Matteo, affecté à l’école de gendarmerie de Montluçon, alors en permission pour les fêtes de Noël, rentre seul en voiture après une soirée passée avec des amis à Grenoble. Sur l’autoroute A48 déserte, il aperçoit des débris sur la chaussée, puis, en allumant ses pleins phares, un véhicule retourné sur le toit, à environ 150 mètres d’une sortie. Aucune lumière, aucun témoin : Matteo est seul sur les lieux.
Il s’arrête à une cinquantaine de mètres et appelle les pompiers tout en enfilant son gilet réfléchissant et en procédant au balisage et à la protection de la zone, afin d’éviter un suraccident. Il entend alors le klaxon du véhicule sonner en continu et comprend qu’une personne se trouve encore à l’intérieur. « Je commence tout de suite à analyser mon environnement pour pouvoir faire un compte rendu complet », raconte-t-il.
En s’approchant, il découvre une personne allongée contre le toit du véhicule, inconsciente, couverte de sang et respirant avec difficulté. « Je tente d’abord de me faufiler par la lunette arrière, me coupant au passage sur des débris de verre, avant de parvenir à forcer la portière du côté passager, décrit-il. Je coupe le contact du véhicule par précaution, rabats le siège pour faciliter une éventuelle extraction. » Comprenant que la victime s’asphyxie dans son propre sang, il la place en Position latérale de sécurité (PLS) pour libérer ses voies respiratoires, puis la stabilise en attendant l’arrivée des pompiers et du SAMU. Il retrouve son identité, les papiers du véhicule n’étant pas à son nom, et transmet un compte rendu complet aux secours, puis aux gendarmes. Le médecin lui confirmera par la suite que la victime, n’ayant pas été retenue par la ceinture de sécurité, serait probablement décédée d’asphyxie sans l’intervention du militaire.
L’élève gendarme est entendu comme témoin dès le lendemain de l’accident. Blessé aux mains, il a également subi une exposition au sang qui nécessitera six semaines de suivi médical. Matteo distingue cette expérience de celles que l’on peut connaître en service : « Gérer seul une intervention en civil, en rentrant d’une soirée avec des copains, on ne s’y attend pas. Il faut avoir de bons réflexes. Il faut gérer, il n’y a pas le choix, c’est comme ça. »
Sa citation à l’ordre du régiment par le CEGN a suscité autant de fierté que d’inquiétude rétrospective chez ses proches. Lui reste humble face à cette reconnaissance : « Je ne l’ai pas fait dans le but d’être récompensé, j’ai simplement fait mon devoir. » Une conviction renforcée par l’âge de la victime encastrée : 25 ans. « À peu près le même âge que moi. J’ai pu sauver le réveillon de Noël d’une famille. »
Mattéo est aujourd’hui affecté à la Brigade territoriale autonome (BTA) de Saint-Rémy-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.
L’élève gendarme Hugo, au bon endroit, au bon moment

Élève gendarme affecté à l’E.G. de Montluçon, Hugo était en repos lorsqu’il a reçu une alerte sur son téléphone via l’application de sauvetage citoyen Staying Alive. « Dès qu’une personne contacte les pompiers pour un malaise, un arrêt cardiaque, etc., ils envoient une alerte géolocalisée sur ce type d’application et on reçoit directement le nom de la personne et son adresse, explique-t-il. J’étais à la laverie avec ma conjointe à ce moment-là. Forcément, il y a toujours un petit peu de stress, car on ne sait pas forcément sur quoi on va tomber, mais ce n’était pas la première fois que j’intervenais via ce type d’application. »
Hugo prend sa voiture et se rend sur place. Il escalade le portail et entre en courant dans la maison. « J’ai demandé si quelqu’un m’entendait. Le mari de la victime m’a répondu qu’ils étaient dans la cuisine. Sa femme était allongée sur le sol. Il y avait une grosse tache de sang sur le carrelage autour de sa tête. Ça reste impressionnant, mais j’ai été GAV pendant quatre ans et j’étais déjà intervenu sur de tels accidents, donc j’ai su garder mon calme. J’ai essayé de comprendre ce qui s’était passé, voir comment elle allait, ce qu’elle avait comme blessure. J’ai vu qu’il y avait énormément de sang sur l’arrière et le haut du crâne. Je l’ai mise en Position latérale de sécurité (PLS), vu qu’elle respirait, puis j’ai appelé les pompiers pour leur expliquer ce que j’avais vu quand je suis arrivé et ce que j’avais fait. »
Hugo reste avec la victime le temps que les pompiers arrivent. « Au début, elle ne me répondait pas. J’ai vérifié son pouls. Au bout d’un moment, elle a repris conscience en criant qu’elle avait mal. Je suis resté auprès d’elle en tentant de la rassurer. »
Les pompiers arrivent et prennent le relais. Après leur départ, Hugo demeure avec le mari. « Pour lui, c’était évidemment beaucoup de stress, surtout avant l’arrivée des pompiers. J’étais seul et donc plus occupé par la victime, je n’avais pas pris le temps de le rassurer. J’ai discuté avec lui pendant un bon quart d’heure. »
Cité à l’ordre du régiment par le CEGN, l’élève gendarme se dit « fier d’avoir, dans un premier temps, pu aider cette dame et, dans un second temps, que cela soit reconnu au niveau de ma hiérarchie. »
Hugo est désormais affecté à la BTA de Jaunay-Marigny, dans la Vienne.
Source : www.gendarmerie.interieur.gouv.fr