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11-Novembre : ce héros oublié qui va enfin retrouver sa place dans l’Histoire de la Grande Guerre

Des poilus prennent la pose pendant la Première Guerre Mondiale.

Des poilus prennent la pose pendant la Première Guerre Mondiale. • © Bridgeman Images via AFP

Écrit par Catherine Lopes

Publié le11/11/2025 à 07h00 Mis à jour le11/11/2025 à 16h16

Albert Pain, un officier de carrière, mort en septembre 1918 lors d’une bataille cruciale en Orient, avait disparu des registres mémoriels. Grâce au travail acharné d’un major de gendarmerie, le militaire, titulaire de la Légion d’honneur, sera enfin inscrit sur le monument aux morts de Tauves dans le Puy-de-Dôme. 

Ce mardi 11 novembre, une cérémonie émouvante aura lieu à Tauves, dans le Puy-de-Dôme. En présence des autorités et des élus locaux, le nom d’Albert Pain sera officiellement ajouté au monument aux morts de la commune. Cette inscription tardive rappelle que le devoir de mémoire ne connaît pas de prescription. Le destin poignant du soldat Albert Pain, décédé à 39 ans quelques semaines seulement avant l’Armistice de 1918, a resurgi des limbes de l’histoire grâce à une démarche inattendue. L’enquête a débuté lors de recherches généalogiques personnelles de Gérald Guignard, commandant de la brigade de recherches de Forcalquier. Le major de gendarmerie toujours en activité et ancien de l’arme de l’infanterie, s’intéressait initialement au parcours des militaires de sa propre famille ayant participé à la Grande Guerre.

Depuis ce 11 novembre 2025, une plaque rend hommage à Tauves au commandant Albert Pain.

Une découverte fortuite

Ayant presque terminé l’histoire de sa propre lignée, il a commencé à s’intéresser aux « satellites » de ces personnes. C’est en mettant à jour la fiche de sa propre grand-tante qui avait épousé un militaire du 105e régiment d’infanterie, que l’officier est tombé sur Albert Pain, qui était témoin de mariage. Le gendarme, âgé de 55 ans, a rapidement senti un lien particulier avec ce personnage historique, créant une sorte de « lien virtuel« . Albert Pain était fils de gendarme, s’était engagé « très jeune dans l’armée, quasiment le jour de ses 18 ans » – une trajectoire que l’historien amateur a lui aussi suivie.

Le monument aux morts de Tauves, dans le Puy-de-Dôme, accueillera bientôt un nouveau nom, celui d'Albert Pain.

De plus, les coïncidences s’accumulaient : Pain avait épousé une femme dans le Doubs, un département fortement lié à la vie du major, et il avait été affecté au 21e bataillon de chasseur à Montbéliard, tandis que le militaire, de son côté, était au 19e bataillon de chasseur. Ces découvertes l’ont poussé « toujours un peu plus loin » dans ses investigations, bien qu’Albert Pain n’ait « aucun lien familial » avec lui.

Une carrière militaire remarquable

En consultant sa fiche matricule, le chercheur s’est rendu compte qu’elle était « beaucoup plus éloquente que 95 % des fiches matricules » qu’il avait consultées, car Albert Pain était un « militaire de carrière » et un officier avec « beaucoup de données« . Très rapidement, il est apparu que son « parcours militaire était exemplaire« .

Voici l'état de service d'Albert Pain.

Preuve de son courage, Albert Pain a reçu la Légion d’honneur dès 1915 pour des blessures subies au combat dans l’est de la France. Le major insiste sur le fait qu’il l’a obtenue de son vivant, « pas post mortem comme beaucoup l’ont eue« .

Le drame réside dans sa date de décès : Albert Pain est mort le 15 septembre 1918, ajoutant « un peu [de] dramatique à tout cela« , alors que la fin de la guerre était imminente. Il est tombé au combat à Dobro Polje, en Macédoine, lors d’une bataille décisive qui allait contribuer à la signature de l’Armistice par la Bulgarie, le 29 septembre de cette même année. La mention “Mort pour la France” a été portée sur son acte de décès, transcrit à Tauves en 1919.

L’officier est décédé sur le « front de l’Orient », un lieu « méconnu du grand public« , où 380 000 soldats français, soit « 5 % de l’armée française, » combattaient à cette époque. En outre, sa mort est survenue durant une bataille décisive, qui a représenté « la première lueur d’espoir pour la fin de la guerre« .

Les décorations militaires d'Albert Pain sont nombreuses.

Quant à son oubli, Christophe Serres, maire de Tauves, a suggéré une explication : en 1922, à l’après-guerre, les mairies devaient recenser les personnes à inscrire sur les monuments, et Albert Pain « a dû être oublié administrativement à ce moment-là« .

Un travail de fourmis

Après trois ans d’un minutieux « travail de fourmis » mené sur son temps libre, le militaire, qui reconnaît avoir mis à profit ses qualités d’enquêteur, a pu mener sa démarche à son terme. Son objectif initial était qu’il soit « inscrit sur un monument aux morts« .

Grâce à ce travail, Albert Pain sera honoré sur le monument aux morts de Tauves, commune de son décès. Le major de gendarmerie exprime son émotion face à cette reconnaissance tardive : « C’est assez touchant de savoir qu’il aura bientôt une plaque qui va rejoindre ses camarades tombés« . Le Service historique de la Défense, reconnaissant l’importance de ce travail, a d’ailleurs demandé à récupérer le mémoire pour l’ajouter au dossier officiel de l’officier.

Le major Guignard était présent aux côtés du maire de Tauves lors ce cette cérémonie du 11 novembre.

Le seul élément manquant reste la photographie du commandant Pain. Le major garde l’espoir qu’une photo ou des descendants se manifestent, peut-être lors de la cérémonie prochaine. Le commandant Albert Pain a eu deux fils, dont le dernier est mort en 2008. Le major Gérard Guignard sera présent ce mardi 11 novembre à Tauves. Un rendez-vous chargé d’émotion.

Source : france3-regions.franceinfo.fr