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Grand format Seine-et-Marne: Alpine, chars, motos…immersion dans l’exceptionnelle collection des véhicules de gendarmerie

À l’abri des regards, le Musée de la gendarmerie nationale, à Melun, conserve des dizaines de véhicules dans un lieu tenu secret. La Rép’ a exceptionnellement pu y pénétrer.

Avec la Citroën 2cv et la Renault Juvaquatre, on a là l'équipement automobile d'une brigade des années 1950. Melun gendarmerie
Avec la Citroën 2cv et la Renault Juvaquatre, on a là l’équipement automobile d’une brigade des années 1950. ©PV/RSM77

Par Paul Varenguin

Publié le 10 févr. 2026 à 12h08

C’est dans un ancien hangar qu’est donné le rendez-vous, ce mardi 3 février 2026. Rassurez-vous, rien de glauque, nous sommes bien accompagnés, puisque ce sont des représentants du Musée de la Gendarmerie nationale, à Melun (Seine-et-Marne), qui nous accueillent.
Dans cet espace du sud-Seine-et-Marne, dont la localisation exacte sera gardée secrète, ce sont plus de 80 véhicules anciens de gendarmerie qui sont conservés. Cette collection, méconnue du grand public, nous a été exceptionnellement présentée. On vous embarque !

Une rapide présentation

L’aventure de la mémoire mécanique commence en 1989. L’idée naît dans l’esprit d’un capitaine de gendarmerie, qui souhaite réunir des véhicules utilisés par l’institution séculaire pour les préserver, comme des témoins de l’histoire.

Une exposition tournante…

Depuis l’automne, une poignée de véhicules de l’impressionnante collection est présentée dans une salle dédiée du Musée de la gendarmerie. Ces voitures mythiques — dont, actuellement, une Citroën Méhari, une Jeep et une Alpine A110 — sont mises en perspective avec le métier de gendarme.
L’exposition est amenée à évoluer, et, régulièrement, de nouveaux véhicules sont présentés. «  Mais on ne peut malheureusement pas, pour des raisons techniques, tout exposer. Nous n’avons déjà pas la place, et puis certains ne passent pas les portes du musée. C’est le cas par exemple de la Citroën SM, qui est trop large, ou des camions…  », développe Jean-Yves Hardouin, référent de la mémoire mécanique au Musée de la Gendarmerie nationale.

La première voiture à être conservée, c’est une Renault. Une Juvaquatre pour être plus précis. Aujourd’hui, cette collection compte quelque quatre-vingt-huit voitures et pas moins de quatre-vingt-trois motos, de toutes les époques. « Nous les rassemblons sur des critères d’importance historique. Par exemple, nous avons un véhicule équipé d’un LAPI (lecteur automatisé des plaques d’immatriculation, N.D.L.R.), et il nous fallait la voiture avec. C’est comme ça que la Citroën C4 est arrivée ici », se souvient Jean-Yves Hardouin, référent de la mémoire mécanique au Musée de la Gendarmerie nationale.

La Renault 21 est aussi un véhicule mythique. Melun gendarmerie
La Renault 21 est aussi un véhicule mythique. ©PV/RSM77

Pour les dénicher, il fréquente évidemment les gendarmeries, où se cachent certaines pépites. Il demande aussi à conserver certains modèles précis, qui représentent un moment particulier de l’histoire de l’institution ou qui ont un petit truc en plus. « Nous avons deux Renault Mégane RS, issues des véhicules rapides d’intervention. L’une d’elles affiche 400 000 kilomètres au compteur, et c’est une première ! En général, elles quittent le service autour de 280 000 kilomètres. Elle est donc un peu à part », sourit-il.

La plupart des véhicules sont en état de marche. Cela dit, il n’est pas forcément aisé, ni même possible, de les déplacer. Et pour cause. À côté des voitures de Monsieur et Madame Tout-le-monde adaptées à la gendarmerie, on trouve quelques trésors moins maniables. C’est le cas d’un bateau, d’un hélicoptère (stocké ailleurs), de différents bus, des petits blindés et autres prototypes conservés au même endroit.

Pour tout entretenir, le musée collabore avec les différents ateliers automobiles de la gendarmerie, partout en France. D’ailleurs, avec Jean-Yves Hardouin, ils ne manquent pas de travail ! « Celle-ci, on va l’envoyer en restauration », « elle, on doit refaire le moteur »… les projets pleuvent, comme peuvent le faire les gouttes d’huile.

Heureusement, et de plus en plus, il peut compter sur le fervent soutien du Fonds de Dotation pour le Musée de la gendarmerie nationale qui, lui, se tourne vers des mécènes privés pour collecter des fonds. « On reçoit aussi de l’aide de la Fondation du Patrimoine. C’est elle qui a financé la restauration de la Peugeot 505, notamment », poursuit-il.

L’évolution du métier…

Ce qui se dessine à travers cette collection, c’est, au-delà des bouleversements du secteur de l’automobile au fil des décennies, l’évolution d’un métier et de ses missions.

Cela se voit en un coup d’œil : même les véhicules « mutent », si on peut dire. Les premières voitures utilisées par la gendarmerie sont noires. Ce n’est qu’en 1969 qu’apparaît le bleu indissociable des véhicules de gendarmerie. Idem pour les gyrophares. Longtemps orange, cet équipement passe au bleu la même année, et, en 1972, l’entièreté du parc a adopté cette couleur. L’idée d’alors ? Dissocier les véhicules prioritaires que conduisent les pompiers, la police ou encore les gendarmes, des véhicules de chantier.

En parallèle, les missions des gendarmes s’adaptent à l’époque : dès l’arrivée des Peugeot 203 breaks, on voit le développement de systèmes de contrôle de la vitesse intégrés aux voitures. Véhicules des brigades cynophiles, service de santé des armées, radio… tout évolue.

Les véhicules rapides d'intervention sont parmi les fleurons la collection Mémoire mécanique du Musée de la gendarmerie nationale de Melun.
Les véhicules rapides d’intervention sont parmi les fleurons la collection Mémoire mécanique du Musée de la gendarmerie nationale. ©PV/RSM77

On voit aussi l’apparition, dans les années 1960, des véhicules rapides d’intervention, avec les Matra Djet, suivies pêle-mêle des Citroën SM, CX, et des fameuses Renault Alpine. « Dans les années 1970, on a aussi les véhicules blindés à roues, comme l’Hypnos, mis en service en 1971 », précise Jean-Yves Hardouin.

Mais on voit aussi des véhicules plus classiques. Comment ne pas citer les mythiques Renault 4L et Estafette ? « Nous avons eu 13 853 4L, dont 734 en version 4×4, et 12 840 Estafette. Ces deux véhicules constituent une vraie image de la gendarmerie », témoigne-t-il. Il faut dire que les modèles avaient séduit les gendarmes, de par leur habitabilité, leur confort mais aussi leurs capacités techniques…

… et l’histoire nationale

Tous ces véhicules sont aussi des témoins de l’Histoire, avec un grand « H ». Les véhicules de maintien de l’ordre, qui représentent une partie des collections, sont dans cette catégorie. Il en va ainsi, par exemple, de cet engin lanceur d’eau présent sur les événements de Mai-1968. « Aujourd’hui, en gendarmerie, ça n’existe plus, et il n’y a que la police nationale qui dispose de tels engins », précise-t-il.

Quelques mètres en arrière dans le hangar, mais aussi quelques décennies plus tard dans la chronologie, on retrouve un Renault Espace Quadra – comprenez à quatre roues motrices – affectés aux Jeux olympiques d’hiver d’Albertville (Savoie), en 1992. « La voiture a ensuite été reversée à la gendarmerie maritime de Brest (Finistère, N.D.L.R.), et nous l’avons retrouvée dans une casse. On a sauté sur l’occasion, et on va la restaurer pour les JO de 2030, dans les Alpes », s’enthousiasme-t-il.

Face à cette petite merveille, c’est une Citroën FAF, une dérivée de la 2cv « facile à fabriquer et facile à financer » qui stationne. Équipant initialement la brigade de Biscarrosse, dans les Landes, elle a été déplacée à Soustons, dans le même département. La raison ? Celle-ci servait à emmener François Mitterrand vers sa résidence landaise de Latche, après sa descente d’hélicoptère. Il trouvait ce véhicule plus confortable que celui qui lui était réservé au départ… Plus de mille exemplaires de cette Citroën méconnue avaient été précommandés, mais seuls dix ont été réellement achetés, les Peugeot P4 lui ayant été préférés.

Cette moto, une BMW, a notamment escorté le président de la République François Hollande.
Cette moto, une BMW, a notamment escorté le président de la République François Hollande. ©PV/RSM77

Parmi les prototypes, on retrouve aussi des morceaux d’histoire. C’est le cas avec le Beffroi-Drouet. Cela ne vous dit rien ? Normal. « Ce prototype a été conçu sur un véhicule Renault par un gendarme. Il permet de faire passer un escadron entier en 2,30 minutes au premier étage d’une maison ou à l’intérieur d’un avion, grâce à ses passerelles dépliables », présente Jean-Yves Hardouin.

Le lien avec l’histoire, demanderez-vous ? Cet engin a été imaginé après la prise d’otages du vol Air France 8969, qui s’achève avec l’assaut donné le 26 décembre 1994 à l’aéroport de Marseille-Provence, à Marignane (Bouches-du-Rhône). Après différents essais, le principe sera repris, et donnera naissance au bijou du GIGN qu’est le Sherpa.

Passons la seconde. Après un petit saut dans le temps, on bascule en 1999. Le XXe siècle et le deuxième millénaire s’apprêtent à tirer leur révérence, en cet an de grâce 1999. « Les marchés de l’État s’ouvrent à l’Europe et c’est là que Ford arrive dans la course. La gendarmerie a donc acheté 150 Transit, ce qui fait de Ford le premier constructeur étranger présent dans le parc auto en grande quantité », continue-t-il.

Gardée à l’abri des regards

Malheureusement, ces véhicules, aussi beaux et attirants soient-ils, ne sont pas visibles du grand public. Ou, plutôt, dans leur globalité, si on veut être exact (voir par ailleurs).

Faute de place, le Musée de la gendarmerie nationale ne peut les exposer entre ses murs. Néanmoins, pour répondre à la demande des visiteurs, le musée en expose dans un espace dédié. Une autre voiture est exhibée dans le hall d’entrée du musée, et change chaque trimestre. Depuis quelques jours, c’est donc une Peugeot 305 break, anciennement affectée à l’Académie militaire de gendarmerie nationale (ex-EOGN), que vous pouvez admirer. « Il y a une vraie demande des gens, ils aiment les véhicules de gendarmerie », observe-t-il.

Pour vous extasier devant ces belles mécaniques, il vous faudra donc être patient, et régulièrement fréquenter le musée, à Melun…

Source : actu.fr