Une tablette diffusait une série Netflix pendant qu’il conduisait : retour sur le procès du chauffeur de poids lourd qui a tué un gendarme sur l’A13

Publié le18/09/2026 à 12h30
Le chauffeur du poids lourd impliqué dans la collision sur l’A13 à Saint-Mards-de-Blacarville (Eure) en octobre 2022 a été condamné à 5 ans de prison dont 4 avec sursis le 17 septembre 2026 devant le tribunal d’Évreux. Un gendarme de 47 ans avait perdu la vie lors de l’accident. Plusieurs de ses collègues avaient été blessés. Récit d’audience.
Les faits remontent à bientôt quatre ans mais la plaie est encore bien ouverte pour la veuve de Jean-Christophe Bolloch. Son mari, un gendarme de 47 ans, était en intervention sur l’A13 dans la nuit du 25 octobre 2022.
Il éteint sa tablette avant d’appeler les secours
Ce soir-là, un équipage du GIGN vient d’interpeller deux individus lors d’une opération antistupéfiants. Sur le bas-côté de l’autoroute A13, cinq véhicules sont à l’arrêt.
Arrive alors un poids lourd de 44 tonnes. Son chauffeur, un jeune homme de 21 ans, les percute. Lors de l’enquête, une tablette a été retrouvée dans le poids lourd.
Son analyse a permis de se rendre compte qu’elle était allumée sur l’application Netflix « entre 1h02 et 2h49 et 39 secondes », a détaillé le président du tribunal, soit au moment de l’accident. Et avant d’appeler les secours à 3 heures, le prévenu a fermé toutes les applications de sa tablette.
Un gendarme breton, marié et père de quatre enfants, est tué sur le coup. Six autres blessés sont à déplorer : trois autres gendarmes, les deux interpellés et un agent autoroutier.
J’ai perdu mon conjoint, mon mari, qui était mon pilier, mon oxygène. Mes enfants ont perdu leur papa qui leur apportait un soutien, un papa aimant, de la sérénité, de la stabilité, de la sécurité au sein de notre famille. Et voilà, c’est quelque chose qu’on ne peut pas, qu’on ne pourra jamais remplacer.
Catherine Bolloch, veuve de Jean-Christophe.

Dans la foule venue assister à l’audience, les nombreux uniformes de gendarmerie sont bien reconnaissables. Tous sont venus soutenir leurs collègues blessés cette nuit du 25 octobre 2022, ainsi que la famille du gendarme décédé… Il était père de 4 enfants. Récit d’Adrien Develay• ©France 3 Normandie
Le président rappelle le choc émotionnel considérable, la scène de chaos mortifère. L’un des gendarmes, gravement blessé et en pleurs, il ne lâchera jamais la main de sa femme durant toute l’audience, qu’il quitte à plusieurs reprises, submergé par l’émotion. La veuve du gendarme décédé fait elle sortir son plus jeune fils.
« Ce que j’ai voulu faire savoir au chauffeur poids lourd, c’était qu’il nous a fracassé par son comportement au volant, il a fracassé notre famille. La position du chauffeur poids lourd n’est pas à la hauteur de ce qu’on attend parce qu’on voulait de la vérité, on voulait de l’honnêteté et pour l’instant c’est pas ce qu’on a« , déclare Catherine Bolloch à l’issue de l’audience.
« Je me suis endormi »
Le prévenu, aujourd’hui âgé de 24 ans, s’est excusé à l’ouverture des débats. « Je regrette tout ce qui s’est passé, j’y pense tous les jours ». En larmes, il plaide un microsommeil alors que jusque-là, durant ses auditions en garde à vue et lors de l’instruction, il parlait d’un malaise.
Son avocat décrit son client comme « totalement abattu » avant le début de cette audience, « ayant beaucoup de compassion pour les victimes « . Il dit toujours avoir eu un trou noir au moment de l’accident.
« Il n’y a pas véritablement un changement de défense parce que, depuis le début, il parle de trous noirs. Ça peut être un sommeil rapide, ça peut être un malaise, mais en tout cas aujourd’hui, il arrive à une conclusion que, effectivement, d’après lui, il s’est endormi pendant quelques secondes », explique Maître Jean-François Changeur, avocat du chauffeur poids lourd.
La vitesse n’est pas en jeu et les tests d’alcoolémie et de stupéfiants n’avaient rien révélé. Au cœur des débats : la question de l’utilisation d’une tablette pour regarder une vidéo sur la plateforme de streaming Netflix. Cette circonstance aggravante a été retenue par le tribunal d’Evreux.
Jamais le jeune homme n’avouera qu’il regardait une série sur sa tablette tactile, alors qu’une fois le choc passé, il s’empressera d’éteindre cette tablette. Les contradictions du prévenu créent la nausée chez les parties civiles.
La compagne d’un gendarme amputé parle d’un véritable rouleau compresseur ayant fauché au-delà de la scène de l’accident. Dans la salle, de nombreux gendarmes sont venus soutenir leurs collègues, traumatisés par ce qu’ils ont vécu. La procureure juge le prévenu coupable. Pour elle, le fait d’avoir dissimulé les preuves prouve sa culpabilité.
Le chauffeur a été condamné à cinq ans de prison, dont quatre assortis d’un sursis simple, une peine conforme aux réquisitions du parquet. Son permis de conduire est également annulé, avec interdiction de le repasser pendant un an. Sa peine est aménagée sous bracelet électronique.
Avec Frédéric Nicolas
Source : france3-regions.franceinfo.fr