Vienne : comment cet ancien gendarme vivant à Montmorillon a débusqué un escroc international

© (Photo NR-CP)
Publié le 11/08/2025 à 15:15
mis à jour le 11/08/2025 à 15:15
Jean-Louis Boillin, gendarme retraité à Montmorillon, raconte dans un podcast d’Europol comment il a retrouvé un escroc ukrainien recherché par Interpol.
Au terme de trente-cinq ans de carrière dans la gendarmerie, Jean-Louis Boillin s’est retiré à Montmorillon en 2021. Une riche carrière commencée à Saint-Benoît-du-Sault (Indre) qui l’a conduit de Mulhouse à Bastia et Chamonix en passant par La Réunion ou encore Saint-Pierre-et-Miquelon.
Mais pour celui qui s’est très tôt spécialisé dans la délinquance économique et financière, c’est à Dijon, où il a été en poste de 2017 à 2021, qu’il a eu à mener une enquête hors-norme digne d’un véritable thriller policier.
Un escroc ukrainien qui a détourné près de 13 millions d’euros
« C’est une affaire tout à fait rocambolesque, témoigne-t-il, au cours de laquelle j’ai été amené à rencontrer des magistrats et des policiers du Luxembourg, de Suisse ou encore d’Ukraine. Nous nous réunissions au siège d’Europol à La Haye, et j’ai même participé à des perquisitions dans une banque à Genève. »
Au départ de cette enquête qui s’est étalée sur deux ans, une simple affaire qui éclate en 2018 en raison de factures impayées pour des travaux menés dans un château de la Côte-d’Or, le château de la Rochepot.

© (Photo Jean-Louis Boillin)
« Je me suis intéressé au nouveau propriétaire de ce château qui avait appartenu à la famille du président Sadi Carnot et que celui-ci avait acquis à la fin de l’année 2015, témoigne Jean-Louis Boillin. J’ai alors découvert qu’il s’agissait en réalité d’un escroc ukrainien, recherché dans son pays depuis août 2014 pour avoir détourné près de 13 millions d’euros ! »
Pour échapper aux poursuites, il s’était fait passer pour mort avant de réapparaître sous une fausse identité en Bourgogne en se présentant comme « conseiller financier » et en ayant racheté pour 3 millions d’euros le château de la Rochepot au nom de sa maîtresse avec des fonds ayant transité par la Suisse.
Il fait croire à sa mort en envoyant une urne funéraire à sa femme
« Pour qu’on le croie mort, cet escroc avait même été jusqu’à faire envoyer à sa femme une urne funéraire censée contenir ses cendres », confie encore le gendarme.
Mais celui qu’Interpol qualifiait alors de « fugitif de haut vol » est finalement arrêté avec quelques comparses en octobre 2018.
Le château est saisi ainsi que des bijoux, des tableaux de maître, des montres, de la maroquinerie de luxe, mais aussi une Rolls-Royce. L’escroc est condamné une première fois en 2022 pour blanchiment d’argent, puis une seconde fois par la cour d’appel de Nancy en 2024.
Mais l’affaire n’est pourtant pas encore tout à fait close à ce jour, la Cour de cassation ayant encore à se prononcer sur le devenir du château de la Rochepot.
Pour Jean-Louis Boillin, reste le souvenir d’une enquête tout à fait atypique qui lui a valu la reconnaissance de sa hiérarchie pour « la qualité de ses minutieuses investigations et ses compétences professionnelles ».
Europol a diffusé sur son site un podcast « Targeting Dark Finances, The Europol Podcast », document (en anglais) retraçant cette affaire, avec le témoignage de Jean-Louis Boillin et de sa consœur la major Christelle Balawajder.
Source : www.lanouvellerepublique.fr