« On a tous un Gus qui sommeille en nous » : ce gendarme dévoile avec humour l’incroyable quotidien des hommes en bleu

Écrit par Emmanuel Deshayes
Publié le14/08/2025 à 07h05
Il est toujours en service. Clément Briga a compilé dans un livre les « perles » des gendarmes. « Vos papiers s’il vous plaît », c’est le titre de son ouvrage qui sort ce jeudi 14 août 2025 en librairie, aux éditions de l’Opportun. Il met en scène un drôle de « Gus » qui fait bien rire dans les brigades. Jusqu’en Franche-Comté.
La Quotidienne Société
De la vie quotidienne aux grands enjeux, recevez tous les jours les sujets qui font la société locale, comme la justice, l’éducation, la santé et la famille.votre adresse e-mails’inscrire
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter « La Quotidienne Société ». Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité
25 ans déjà qu’il a endossé l’uniforme bleu et qu’il porte le képi. Alors, forcément, depuis le temps, il en a vu de toutes les couleurs. Mais plutôt que de garder pour lui toutes ces petites histoires, il a voulu les partager. Sur les réseaux sociaux d’abord et maintenant dans un livre qui paraît ce jeudi 14 août 2025.
Clément Briga, c’est un pseudo, publie « Vos papiers s’il vous plaît ! » aux éditions de l’Opportun, pour dévoiler au grand public « l’incroyable quotidien des gendarmes ». Dans ce recueil de190 pages, l’auteur met en scène « Gus », désormais très célèbre dans les brigades. Un drôle de personnage qui a pris la (très) fâcheuse habitude de (trop) fréquenter les forces de l’ordre.
/regions/2025/08/11/o-couv-3d-vos-papiers-6899ef70dc07d780442740.jpg)
Toute ressemblance…
« J’ai commencé à raconter des interventions un peu cocasses en 2020 pendant le confinement, explique Clément Briga à France 3 Franche-Comté. ‘Gus’ est apparu sur page Facebook d’un groupement départemental de gendarmerie. L’idée, c’était de faire à chaque fois passer un message de prévention et de mettre en valeur le travail du gendarme. »
Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est évidemment pas fortuite. Derrière lui se cachent beaucoup de visages, d’infractions ou de situations souvent étonnantes. Quand « Gus » se fait par exemple retirer les 12 points de son permis de conduire en 1h30 chrono ou qu’il se fait prendre la main dans le sac, en train d’asperger ses plants de cannabis alors que l’arrosage est interdit pour cause en sécheresse. Sa famille non plus n’est pas un cadeau. Le jour de Noël, « Gus », sa mère venue le chercher comme son père ensuite, se feront tous les trois retirer leur permis de conduire après avoir soufflé dans le ballon. I
On n’est jamais au bout de nos surprises. Tout est vrai. Ce sont des histoires que j’ai vécues ou que des collègues m’ont envoyées. Il y a une seule fiction dans tout le livre. À vous de deviner.
Clément Briga, gendarme, auteur de « Vos papiers s’il vous plaît ! »
« Gus » aurait dû poursuivre ses aventures sur les seuls réseaux sociaux. Mais une rencontre inattendue en a décidé autrement. Le gendarme a un jour croisé le chemin de Philippe Croizon, l’aventurier amputé des quatre membres, qui a notamment traversé la Manche à la nage en 2010 et qui multiplie depuis les exploits sportifs. C’est lui qui a poussé Clément Briga à faire le grand saut.
« Cela s’est fait d’une manière assez amusante, se souvient le gendarme. On lui a montré quelques textes. Il m’a dit qu’il fallait les publier et qu’il en parlerait à son éditeur. J’ai parié que cela ne l’intéresserait pas. Et j’ai perdu mon pari ! » Ce qui n’empêche pas Clément Briga de continuer à alimenter encore et toujours sa page Facebook. De nouveaux personnages ont même fait leur apparition autour de « Gus ».
Un clin d’œil plus qu’appuyé à ses collègues, tous les jours sur le terrain. « Le gendarme de brigade ou d’EDSR (Escadron départemental de sécurité routière, NDLR), on n’en parle pas suffisamment, insiste-t-il. On parle toujours du flic de PJ (police judiciaire) ou gendarme de SR (section de recherche) mais jamais du ‘brigadier’. C’est pourtant la cheville ouvrière, celui qui agit au quotidien partout sur le territoire, celui qui est essentiel au pays. »
« Le quotidien du gendarme, c’est justement l’imprévu »
À Besançon (Doubs), on ne dira pas le contraire. « La brigade est le cœur de la gendarmerie, confirme le colonel Elodie Montet qui, depuis le 1er août, est à la tête du groupement départemental de gendarmerie du Doubs. Tous les gendarmes vous le diront : dans la gendarmerie, on n’a pas de porte-avions, notre arme, c’est le maillage territorial. »
Et la polyvalence, s’empresse-t-elle d’ajouter. « En brigade, on est un jour à l’accueil pour prendre des plaintes, un autre en patrouille, un autre encore en contrôle ou en enquête, détaille la patronne des gendarmes du Doubs. On voit les gens, on voit toute la société. C’est un modèle qu’il faut préserver. »
/regions/2025/08/07/d78dc5e9-cb2a-45b1-9a68-d0e0078d023a-689495f0afdc6702829203.jpg)
Le quotidien du gendarme, c’est justement l’imprévu. C’est ce qui fait le piment. C’est un métier très humain. « La gendarmerie, une force humaine », c’est notre slogan et quand on a demandé il y a quelques années s’il en fallait un nouveau, personne n’a voulu le changer.
Colonel Elodie Montet, commandant du Groupement départemental de gendarmerie du Doubs.
Des gendarmes humains et drôles également, ne vous y trompez pas. « Les gendarmes ont le sens de l’humour », confirme la cheffe d’escadron Florie Escudier, qui commande la compagnie de Lons-le-Saunier (Jura). Les gendarmes jurassiens ne collectionnent pas les PV insolites comme Clément Briga mais des anecdotes surprenantes, ils ont gardé beaucoup en mémoire eux aussi.
« Je me souviens de cet homme qui avait des troubles psychologiques, raconte Florie Escudier. Il courait complètement nu dans la rue et s’était entièrement couvert le corps d’excréments. Personne chez nous n’était vraiment volontaire pour l’intercepter. Ou encore cette entreprise qui nous a appelés pour une voiture suspecte qui semblait en repérage. Mais en regardant sur les caméras de vidéosurveillance, on s’est aperçu que c’était l’une de nos patrouilles. »
Gendarmes à la page
De l’humour, on n’en manque pas non plus en Haute-Saône. Depuis 2020, les gendarmes utilisent ici aussi leur compte Facebook (et des gags) pour faire passer des messages de prévention. Avec succès. Leur page totalise près de 70 000 abonnés à ce jour ! « On est les premiers surpris, on a des posts qui ont fait près de deux millions de vues », se félicite son animateur.
« On ne veut pas être moralisateur, préviennent les gendarmes de Haute-Saône. C‘est toujours factuel. Mais on se met à la place du lecteur. On va publier une photo décalée ou faire de l’humour. Le week-end, par exemple, on dit aux internautes : on peut vous réserver une cellule pour trois jours si vous voulez boire et conduire. »
La preuve en tout cas que la fameuse « peur du gendarme » n’est pas la seule à fonctionner. « La proximité, ça marche bien« , explique-t-on. Une proximité qui n’est pas uniquement virtuelle dans ce département rural. « En Haute-Saône, les gendarmes couvrent 95% du territoire, 200 000 habitants sur les 236 000 du département, 530 communes sur 536″. Enfin, c’est l’avantage : en plus de « redorer l’image des gendarmes », cette forte communauté, formée sur les réseaux sociaux, rend aujourd’hui les appels à témoins plus efficaces.
Voila sans doute pourquoi les gendarmes de Franche-Comté sont tous impatients, disent-ils, de découvrir le livre de Clément Briga. Mais les aventures de « Gus » devraient également parler au plus grand nombre. « Je pense qu’on a tous un Gus qui sommeille en nous, sourit le gendarme-auteur. Beaucoup peuvent s’identifier et dire : à un moment de ma vie, moi aussi, j’ai été un Gus. »
Source : france3-regions.franceinfo.fr