C’est quoi ce problème d’approvisionnement en tenues des policiers et gendarmes ?
Penurie • La plateforme Uniforces, chargée de l’équipement des policiers et gendarmes depuis début 2024, connaît de graves dysfonctionnements avec des commandes en souffrance, des articles défectueux et un service après-vente défaillant
Les cordonniers sont les plus mal chaussés… avec les policiers ? Uniforces, la plateforme chargée depuis début 2024 de l’équipement des policiers et gendarmes, vire au désastre organisationnel, rapporte une enquête d’Actu.fr. Commandes en souffrance, articles manquants ou non conformes, service après-vente aux abonnés absents… Les dysfonctionnements sont si graves que des unités ont dû lancer des appels aux dons pour habiller leurs effectifs.
Sur Internet, les témoignages se multiplient. Sous le pseudo « Ladie Fox », une personne a fait circuler un formulaire pour les récolter. Chaussures défectueuses recollées à six reprises, tenues ininflammables introuvables pour les équipages aériens, pantalons manquants pour les jeunes recrues… ce qui ressort des 300 messages collectés n’est pas glorieux. « Obligée de racheter des vêtements avec mon argent personnel pour avoir une tenue décente après ma grossesse », raconte par exemple une femme citée par Actu.fr.
Redistribuer de vieilles tenues
Le contrat de fourniture, d’un montant de 300 millions d’euros, avait été confié au groupement LEM (Leo Minor, Eminence, Marck & Balsan), succédant à Paul Boyé Technologies. Mais la bascule, censée s’opérer avec six mois de stock tampon, a été mal préparée, plongeant les forces de sécurité dans une crise sans précédent. À l’été 2025, des centaines de témoignages faisaient déjà état de retards de livraison, d’équipements inadaptés ou de l’obligation d’acheter soi-même sa tenue réglementaire.
Ainsi, en montagne comme en métropole, c’est le système D qui prévaut. Certains responsables logistiques vont jusqu’à redistribuer d’anciennes tenues au mépris des règles, faute de mieux. Les écoles de formation ne sont pas épargnées : des effets d’apparat sont parfois livrés la veille des cérémonies officielles.
Un retour à la normale encore flou
Le ministère de l’Intérieur reconnaît des « dysfonctionnements de mise en place » et admet que la plateforme Uniforces n’était pas opérationnelle au démarrage. Des pénalités financières ont été appliquées. Pour David Ramos, président de l’association APNM GendXXI, « on touche là au point noir du marché public : l’État paie le prix fort, les prestataires encaissent des sommes monumentales, le tout pour un service au mieux défaillant, au pire inopérant ».
Le prestataire principal, Marck & Balsan, assure pourtant que la situation s’améliore : effectifs renforcés, productions lancées, stocks reconstitués depuis juin. Plus de 220.000 articles ont été livrés en un mois, et plusieurs millions sont annoncés pour l’automne. Son directeur général, Laurent Marck, se veut optimiste : « Dans quelques semaines, le marché fonctionnera normalement. » À Beauvau, on reste plus prudent : aucun calendrier clair n’est avancé pour un retour à la normale.
Source : www.20minutes.fr