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Incendies : Comment les gendarmes travaillent à remonter l’origine des feux

Interview • Un mégot, un coup de briquet, une étincelle sur un chantier… « 20 Minutes » a demandé à un gendarme spécialisé en recherche des causes et circonstances d’incendie depuis vingt ans comment il travaillait

Cette photographie montre la veste d'uniforme d'un membre de l'unité de recherche des causes et circonstances d'incendie - RCCI du département du Var, dans le sud-est de la France, le 29 juillet 2026.
Cette photographie montre la veste d’uniforme d’un membre de l’unité de recherche des causes et circonstances d’incendie – RCCI du département du Var, dans le sud-est de la France, le 29 juillet 2026. - T. Moritz / AFP

Propos recueillis par Alexandre Vella

L’essentiel

  • Plus de 400 personnes, dont 150 mineurs, ont été interpellées depuis le début de l’été pour des départs d’incendies, et les gendarmes de la cellule RCCI (Recherche des causes et circonstances d’incendie) mènent les enquêtes en intervenant sur tous les feux d’espace naturel d’origine inconnue ou suspecte.
  • Dans le Var, 25 à 35 % des 350 à 400 feux annuels sont intentionnels.
  • Depuis la création des premières cellules RCCI sur le pourtour méditerranéen, le métier a évolué avec la généralisation à toute la France, l’intégration de l’IA pour détecter les colonnes de fumée, et depuis 2023, la création d’une équipe nationale dédiée à l’évaluation des dégâts faits à la faune et à la flore pour estimer les préjudices écologiques.

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Plus de 400 personnes, dont 150 mineurs, ont été interpellées depuis le début de l’été pour des départs d’incendies. Et autant d’enquêtes ouvertes, derrière lesquelles se trouvent bien souvent les gendarmes de la cellule RCCI pour Recherche des causes et circonstances d’incendie. Un service où travaille le major Christophe Peigne depuis 2003 dans le Var, selon un modèle d’organisation d’abord réservé au pourtour méditerranéen, puis étendu au fil des incendies, à l’ensemble des régions de France.

20 Minutes a demandé à ce spécialiste des départs de feu d’espace naturel comment ils travaillaient, et parvenaient à identifier suspect éventuel et origine des sinistres.

Sur quels types de feux intervenez-vous et dans quelles circonstances ?

J’interviens sur tous les feux d’espace naturel, d’origine inconnue ou suspecte. Quand j’ai commencé, nous n’allions que sur les gros feux ou lorsqu’il y avait des dégâts matériels ou humains.

Désormais nous y allons quelle que soit la superficie. Dans le Var, nous sommes une équipe interdisciplinaire réunissant 35 personnes, gendarmes, pompiers, forestier de l’ONF et agent de la DDTM.

Comment retrouver des indices sur une zone qui a brûlé ?

Le premier travail est d’essayer de déterminer le point d’éclosion et, si on le trouve, on recherche la source. Mais c’est assez rare qu’on ait le point d’éclosion immédiatement : généralement, on part d’une zone. Par exemple, pour l’incendie de 2021, dans le massif des Maures, on avait 2.000 m² comme zone de départ : toute une aire d’autoroute et son arrière. Et on a réussi à remonter à une zone de 10 cm², la source était un mégot.

Théoriquement, la zone de départ est la moins dégradée parce que le feu n’est pas encore monté jusqu’à 1,200 °C. On remonte sur la zone de départ en suivant les lignes de carbonisation, la pétrification des végétaux. Ensuite, on va fouiller à la recherche d’indices et on peut travailler au pinceau si l’on identifie vraiment la zone d’éclosion. Il m’est déjà arrivé de retrouver le contour d’un filtre à cigarette, par exemple.

Les produits accélérateurs laissent aussi des traces. C’est pour cela que, depuis quelques années, on forme aussi les pompiers à geler les lieux comme sur une scène de crime. Et s’il faut éteindre l’incendie, on essaye de le faire en préservant les éventuels indices.

Plus de 400 interpellations ont eu lieu depuis le début de l’été en France pour des départs de feux. Comment déterminez-vous les incendies intentionnels ?

Sur les 350 à 400 feux annuels dans le Var, 25 à 35 % des départs sont intentionnels. 1 à 2 % sont dus à la foudre. 60 à 70 % proviennent de sources accidentelles : une voiture qui prend feu et l’incendie se propage à la colline, des travaux domestique ou de jardinage, un barbecue, un mégot… Quoique ces derniers devraient presque être considérés comme n’étant plus accidentel.

On repère aussi des situations où l’on a des départs de feux récurrents, aux endroits proches ou aux mêmes heures dans un même secteur, on parle alors de zones de pression. Là, on enquête de manière plus traditionnelle : surveillance, patrouilles, vidéo, tout ce qu’on peut faire habituellement, ainsi que le prépositionnement de forestiers et de pompiers pour intervenir rapidement. En ce moment, nous disposons également d’une réquisition du procureur pour faire des contrôles routiers et faire ouvrir les coffres.

En plus de vingt ans de pratique comment avez-vous évolué votre métier ?

Déjà, il s’est généralisé à toute la France. Lorsque j’ai commencé, seules les gendarmeries du pourtour méditerranéen avaient une cellule RCCI. On a intégré aussi l’IA pour scruter les colonnes de fumée et intervenir rapidement, développer des grilles d’analyses météo qui à partir de variables nous renseignent sur les conditions de départ de feu. Actuellement ce modèle se montre un peu daté sous l’effet du réchauffement climatique.

Aussi, la manière d’appréhender les sinistres a évolué. Depuis 2023, il a été créé, au sein de la gendarmerie, une équipe nationale, qui ne se déplace que sur les très gros feux et qui est dédiée à l’évaluation des dégâts faits à la faune et à la flore, afin d’estimer également les préjudices écologiques.

Source : www.20minutes.fr