« Le premier quart d’heure, c’est un grand moment de solitude » : les gendarmes simulent une tuerie de masse pour s’exercer

Publié le27/04/2026 à 17h11
Ce lundi 27 avril, un exercice grandeur nature de la gendarmerie s’est déroulé à Albert (Somme). Objectif : simuler une tuerie de masse pour tester les réactions des pelotons de surveillance et d’intervention. Le scénario prévoyait une attaque au couteau dans un cinéma, avec deux preneurs d’otage et de nombreuses victimes.
Multiples victimes, témoins paniqués, liaisons radio brouillées… Les gendarmes de la Somme ont eu leurs lots d’aléas à gérer ce lundi 27 avril à Albert dans la Somme. Une simulation de tuerie de masse a été soigneusement préparée pour qu’ils puissent s’entraîner en conditions presque réelles. Objectif : intervenir dans un cinéma, où un homme armé d’un couteau attaque des étudiants en sortie scolaire.
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« Ça fait un coup de chaud quand le téléphone sonne«
Des dizaines de militaires venus d’Albert, mais aussi de Péronne, Amiens,Villers-Bretonneux, Roye, Doullens, et Chaulnes participent à l’exercice, mais sans rien savoir de ce qui va leur arriver. « Forcément, ça fait un coup de chaud à 8h15 quand le téléphone sonne, qu’on nous annonce l’exercice de tuerie de masse, confie Jean-Yves Dochy, numéro 3 de la compagnie de gendarmerie de Péronne. Il faut dans un premier temps prendre la situation en compte au bureau, lancer une poignée d’ordres, injecter les premiers effectifs puis se transporter sur place et évaluer la situation pour réarticuler le dispositif en conséquence. Le premier quart d’heure, c’est un grand moment de solitude.«
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Pour réagir, il s’est inspiré de son expérience passée. « J’avais connu ça dans la vraie vie en juillet dernier à Harbonnières, puisqu’on avait eu un cas de retranché à domicile. Mais cette fois, c’était une situation évolutive, avec un flux d’information en continu, des victimes qui se présentent au fur et à mesure aux forces de l’ordre…« , raconte-t-il. Au fur et à mesure de la matinée, les forces de l’ordre réalisent par exemple qu’il n’y a pas un seul assaillant mais deux, qui prennent des étudiants en otage, avant de se rendre l’un après l’autre.
La première patrouille sent la misère tomber sur leurs épaules et se dit : ‘qu’est-ce que je dois faire ?’Marc Jankowski, commandant du groupement de gendarmerie de la Somme
« On n’est pas dans un univers académique, hors sol, l’esprit de cet exercice, c’est de confronter les gendarmes du quotidien dans la variété de leurs missions, de leur expérience, de leurs qualifications, à une situation critique« , explique Marc Jankowski, commandant du groupement de gendarmerie de la Somme. Les premiers gendarmes à intervenir ne sont par exemple pas nécessairement des habitués de ce type d’intervention. Son rôle est pourtant crucial. « La première patrouille, les primo-intervenants, sentent la misère tomber sur leurs épaules et se disent : ‘Qu’est-ce que je dois faire ? C’est quoi le périmètre de ma responsabilité ?’« , souligne Marc Jankowski.
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Gérer l’imprévu en gardant son sang-froid
Lors de l’exercice, c’est sur Théo Walez, chef de patrouille, et Lauréna Balesse, gendarme adjointe volontaire, que la « misère » est tombée. « Pour une jeune carrière comme la nôtre, c’est difficile à gérer, mais c’est intéressant parce qu’il y a des leçons à en tirer, confie le jeune homme. C’est surtout la gestion du public qui est compliquée, parce qu’avec un événement comme ça, tout le monde stresse rapidement, donc c’est difficile de prendre en charge les victimes et d’avoir des informations concrètes et sensées. Mais ça fait partie de notre métier, on est amenés au quotidien à travailler avec la population dans des situations assez délicates.«
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Une situation rendue encore plus délicate pour l’occasion, avec des communications brouillées. Car dans la vraie vie, rien ne se passe jamais comme on l’attend. « La liaison radio ne passe pas dans le cinéma, donc tout devait se faire par téléphone, et il fallait répercuter toutes les informations sur l’ensemble des acteurs« , précise Jean-Yves Dochy.
Un retour d’expérience pour savoir comment s’améliorer
L’ensemble de l’exercice était observé par d’autres militaires, comme le maréchal des logis-chef David Lang. Il n’est pas question d’évaluation ni de notation mais bien d’un entraînement pratique, qui fera l’objet d’un retour d’expérience. « On ne cherche pas des erreurs, mais à voir ce qu’il faut retravailler. On va donner des axes d’améliorations mais il y a beaucoup beaucoup de choses positives qui nous sont remontées aussi et ça fera l’objet d’un rapport pour le commandement de groupement ensuite« , observe l’instructeur. « J’ai observé tout ce qui est attitude technique et comportement tactique, aussi bien des chefs que des équipiers. Pour moi, le contrat est rempli« , abonde son collègue le maréchal des logis-chef, Max Pernoud.
Une conclusion plutôt positive donc, même s’il faut prendre en compte quelques éléments qui peuvent biaiser un peu l’exercice. Les gendarmes ont par exemple tous décharger leurs armes avant l’exercice, pour des questions de sécurité, et les équipes de secours comme les sapeurs-pompiers où le Samu n’étaient pas incluses dans l’exercice.
Source : france3-regions.franceinfo.fr