Articles

Le - Les négociateurs régionaux permettent d’éviter les déplacements du GIGN

Avec les négociateurs de la gendarmerie, des élus apprennent à mieux gérer les conflits

La compagnie de gendarmerie de Lille a créé une formation à destination des élus appelée Gestion pacifique des incivilités aux élus. Une session avait lieu, ce vendredi, au siège à Lille.

Cédric Gout | Publié le29/01/2021

La formation a été organisée au siège de la compagnie de gendarmerie de Lille, boulevard Louis XIV, à Lille.
La formation a été organisée au siège de la compagnie de gendarmerie de Lille, boulevard Louis XIV, à Lille.

C’est une première en France, mais la compagnie de gendarmerie de Lille compte proposer cette formation partout sur le territoire. Elle s’adresse aux élus des communes et est dispensée par des gendarmes spécialisés, les négociateurs régionaux. Ils sont choisis pour leur profil psychologique et interviennent quand les brigades en ont besoin (voir encadré). Ce vendredi matin, huit élus (maire et adjoints), tous issus de la 11e circonscription, ont assisté à cette première session. Elle a été animée par l’adjudant Meddi, de la brigade de Lille, et le chef Vincent, du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) Sabre, basé à Hallennes-lez-Haubourdin.

Appelée « Gestion pacifique des incivilités aux élus » cette formation veut donner des clés aux élus pour savoir comment réagir face à une personne agressive (ou un groupe), comment désamorcer le conflit, retrouver un dialogue et trouver des solutions. « Notre but est de vous donner des outils pour retrouver l’apaisement sur un conflit, a indiqué le chef Vincent. Les élus sont souvent le tampon entre les administrés et les autorités. Savoir gérer une altercation qui existe déjà, ou qui pourrait avoir lieu, ça va de votre sécurité, de votre vie d’élu. »

Être le miroir de la personne en face

Parmi les outils : savoir identifier un meneur dans un groupe ou un leader et lui parler à part pour pouvoir échanger plus calmement. En général, il s’agit de celui qui parle le plus fort. Il faut ensuite savoir se synchroniser avec l’interlocuteur. La vérité de l’un n’est pas celle de l’autre « Vous devez être le miroir de votre interlocuteur pour l’apaiser, le mettre sur un pied d’égalité avec vous, en confiance, indique l’adjudant Meddi. Il faut éviter les barrières à la communication comme l’humiliation, la réprimande ou la leçonUne fois cette mise en confiance réalisée, il faut penser à sa voix, son timbre, le débit, à ces mots pour entrer en écoute active et s’ouvrir à l’interlocuteur. Pour qu’il sente qu’il a en face de lui quelqu’un qui l’écoute. Une grosse partie est basée sur la confiance. »

Après trois heures de formation, les élus sont repartis avec le sentiment d’avoir eu des clés, des conseils qui leur permettront de mieux dialoguer avec les habitants, en colère, de leur commune. Une formation plutôt utile vu le climat de défiance vis-à-vis des élus et de tout ce qui peut représenter l’autorité publique.Des négociateurs de la gendarmerie formés par le GIGN

L’écusson, ou rondache, des négociateurs de la gendarmerie nationale est révélateur. Il y a un sphinx qui représente les capacités d’analyse et de réflexion et sa patte gauche tient le bâton d’Hermès, dieu de la médiation entre les âmes. La bombe de la grenade, elle, est équipée d’un réticule de tir qui illustre l’éventuel recours à la force. Mais ils ne la portent jamais (ou seulement en dehors de leur activité) car ils veulent éviter d’être identifiés.

Les négociateurs ne portent jamais leur rondache parce qu’ils ne veulent pas être identifiés.

Ils travaillent la plupart du temps en civil ou sous couverture. « L’image que les gens se font des négociateurs, est celle qu’ils voient dans les films. Mais on ne se présente jamais comme étant des gendarmes quand on négocie, indique le chef Vincent. Par exemple, devant une personne schyzophrène, il ne faut surtout pas dire qu’on est des forces de l’ordre. On utilise une fonction ou un métier qui nous facilite la négociation. »

Les négociateurs régionaux permettent d’éviter les déplacements du GIGN, lourds et coûteux. Ils sont cependant formés le GIGN de Paris. Qui les sélectionne, selon leur profil, et est en prise directe avec eux lors de leurs négociations. Si les négociateurs sentent que leur intervention n’aboutira pas, ils font appel aux gendarmes d’élite.Jeunes provocants, querelle de voisins, incivilités…

Les élus ne sont heureusement pas confrontés tous les jours à des incivilités ou à des personnes en colère. Ils œuvrent dans des communes assez calmes mais certains avaient cependant des exemples à soumettre aux négociateurs.

L’adjoint à la sécurité de Le Maisnil, Eddy Decleir, a demandé comment se comporter face à des adolescents provocants, en groupe et ayant consommé de l’alcool. Il a expliqué qu’ils avaient troublé la quiétude du village des Weppes pendant plusieurs jours l’an dernier et que les élus avaient essayé de leur parler, sans véritable succès. « Le maire a procédé à des rappels à l’ordre avec les parents. Et au final, on a dû appeler la gendarmerie. » L’adjudant Meddi a proposé une alternative : « Vous auriez pu venir sous la forme de l’écoute active, en montrant que vous vous intéressez à eux, puis proposer des solutions, en les faisant entrer dans une réflexion, sans confrontation. »

La maire de Frelinghien, Marie-Christine Fin, a pris comme exemple des querelles de voisinage qu’elle a eu du mal à régler. « Je convoque les gens mais ils ne veulent pas venir parce qu’ils ne veulent pas se retrouver en face des leurs voisins. Une formation comme ça, c’est toujours utile. Dans un village, le maire fait office d’assistance sociale et on a surtout affaire avec des violences verbales. »

Les gens du voyage et le problème des déjections canines ont été cités parmi les autres sujets face auxquels les élus ont peine à trouver la bonne attitude.

Source : lavoixdunord.fr