« C’est une course contre la montre » : comment Lucie, 12 ans, a été retrouvée 3h11 après le déclenchement de l’alerte enlèvement

Écrit par Marie Lorillec
Publié le28/02/2026 à 06h45 Mis à jour le28/02/2026 à 16h15
Le dispositif alerte enlèvement a été créé en France il y a tout juste 20 ans. Pour comprendre son fonctionnement de l’intérieur, les gendarmes de l’Orne nous expliquent comment il a permis de retrouver Lucie et d’interpeller son ravisseur.
Jeudi 25 septembre 2025 : un bandeau rouge d’alerte s’affiche sur toutes les télévisions, le message d’enlèvement est diffusé à la radio, dans les gares, les aéroports et sur les affichages d’autoroute.
Lucie, 12 ans, 1m63, brune aux cheveux longs, mince, a été enlevée à Dompierre dans l’Orne mercredivers 22h30. La description de son ravisseur et la plaque d’immatriculation du véhicule dans lequel ils circulent sont diffusées dans toute la France, simultanément.
« C’est une course contre le temps qui est lancée » explique le commandant du groupe de Gendarmerie départementale de l’Orne, Alexandre Vignau.
« Au début, on ne sait jamais si c’est un enlèvement, explique-t-il. À la base, on signale une disparition d’une enfant qui peut être une fugue. Et par le travail d’investigation, on a compris que ce n’était pas du tout une fugue mais un enlèvement. Et donc, tout le mercredi matin, en fait, on travaille pour avoir des éléments de preuve. »
Fugue ou enlèvement ?
Lorsque les enquêteurs ont la certitude que Lucie ne s’est pas enfuie de chez elle seule mais qu’un adulte est impliqué dans sa disparition, l’alerte enlèvement est demandée.
« Dès que l’on s’est rendu compte qu’effectivement, on était bien sur un enlèvement avéré, que l’intégrité de la victime pouvait être en danger, que le procureur était en possession d’éléments d’information dont la diffusion pouvait permettre de localiser l’enfant et que la victime était mineure, on a tout de suite contacté le parquet », détaille la commandante Solenn Le Gouez, chef d’escadron en charge de la compagnie de gendarmerie départementale de Domfront en Poiray. L’alerte enlèvement est validée car tous ces critères sont réunis.
Comment identifier le ravisseur ?
Les informations d’identification sur la victime mineure et sur son ravisseur, qui sont diffusées dans l’alerte, doivent être les plus actuelles possibles. Les photos de l’alerte enlèvement doivent permettre de reconnaître aisément l’enfant et l’adulte.
« Les éléments sur le véhicule, la couleur, sont également vérifiés, pour qu’on ait toutes les informations les plus proches de la réalité, pour que des gens puissent nous informer en direct sur leur présence à tel ou tel endroit, qu’on puisse avoir confirmation à 100 % que c’était bien eux« , précise la commandante Le Gouez.
« C’est d’abord la victime qu’il faut retrouver. Mais souvent, les éléments d’identification, on les a pour les ravisseurs », ajoute-t-elle.
Une mobilisation générale
« Une fois l’alerte nationale diffusée, l’ensemble des régions est engagé », précise le commandant Vignau. Toutes les brigades sont sur le pont pour répondre à l’appel à témoins, rechercher des informations, les recouper.
Dans les régions concernées directement par l’alerte enlèvement, tous les gendarmes sont mobilisés, les effectifs de repos se joignent à l’opération en cours.
Une cinquantaine de signalements en une heure
Dans la première heure qui suit l’alerte, une cinquantaine de signalements sont reçus par les forces de l’Ordre.
« L’engagement citoyen nous permet d’engager un maximum de moyens et surtout au bon endroit, explique le commandant Vignau. On avait des éléments de recherche sur Rennes, on avait aussi des éléments de recherche sur les Pays de Loire. Même si la balance penchait plus sur les Pays de Loire, on ne pouvait pas fermer la porte complètement de Rennes. »
Un élément capital va alors permettre d’éliminer une zone de recherche et de redéployer les forces. « Une dame nous dit les avoir aperçus dans un magasin. Tout de suite, une brigade territoriale s’est rendue sur place pour récupérer les vidéos de surveillance, pour confirmer à 100 % que c’était bien eux. Forcément, ça nous a permis de nous orienter après à 100 % sur la piste nantaise. »
La concentration des efforts, ça veut dire envoyer les hélicoptères. C’est éviter de mobiliser un hélicoptère du côté de Nantes et un autre du côté de Rennes, pour en avoir un maximum dans la région nantaise.
Commandant Vignau
« C’est la même chose pour le dispositif d’interpellation, une colonne du GIGN prend la route le plus rapidement possible en direction de la zone où se dirige le ravisseur, rappelle le commandant Vignau. À 17h45, le ravisseur est localisé et à 18 heures il est interpellé. Et on a récupéré l’enfant, parce que c’était une enfant. »
Un doute ? Appeler quand même
Des centaines de signalements ont été traités pour retrouver Lucie. « Plus le temps passe aussi, plus le citoyen a l’impression de voir soit la victime, soit le ravisseur à côté de chez lui aussi, notent les gendarmes. Mais dans le lot, il y a peut-être le témoignage clé. Et donc, quand on dit que c’est une guerre contre le temps, il nous faut beaucoup de moyens pour pouvoir faire le tri. »
Alors faut-il appeler quand on n’est pas certain de son signalement ? La réponse des gendarmes est oui, sans aucune hésitation. « La levée de doute, de toute façon, est faite ensuite par nos services. Il vaut mieux appeler, que l’on vérifie et que ce soit faux, plutôt que de ne pas le faire, que ce soit vrai et qu’on passe à côté », insiste la commandante Le Gouez.
« Dès que l’alerte a été diffusée, on a eu pas mal de retours. Alors, un peu de tout et de rien, effectivement, mais ce qui prouve également l’implication de la population.
Forcément, il y a des remontées, alors vraies ou fausses, peu importe, mais elles ont toutes été vérifiées et toutes les portes ont été fermées de notre côté.
Commandante Le Gouez
Grâce à cette alerte enlèvement, Lucie a été retrouvée moins de 24 heures après sa disparition, 3h11 après le déclenchement de l’alerte enlèvement la concernant.
Après son interpellation, son ravisseur a été placé en garde à vue du chef d’arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de mineur de 15 ans.
L’instruction du dossier est toujours en cours. S’il n’est pas jugé irresponsable de ses actes, il devra en répondre devant la Cour d’Assises.
Source : france3-regions.franceinfo.fr