Patrouille en canoë avec police et gendarmerie au fil de l’eau, entre Fontaine-de-Vaucluse et L’Isle-sur-la-Sorgue
Par Paul GUIBAL
Publié le 17/08/26 à 07:05

Patrouilles à pied, à vélo et… en canoë ! Sur la Sorgue, la police municipale et la gendarmerie de L’Isle-sur-la-Sorgue, vont au plus près des vacanciers durant des patrouilles nautiques. La mission poursuit un double objectif : protéger un…
C’est une mission peu courante menée sur l’eau : une descente en canoë par la police municipale et la gendarmerie. L’objectif est double : protéger l’environnement naturel particulièrement fragile de la Sorgue et garantir la sécurité des vacanciers qui fréquentent la rivière, avec en bonus, une plus grande proximité. « La Provence » a embarqué !
Les armes sont rangées dans des bidons hermétiques, les canoës sont déchargés et mis à l’eau. Le gilet pare-balles est troqué contre son cousin, le gilet de sauvetage. La patrouille peut voguer à ses occupations. « Contrôles stups, carte de pêche, barbecues, atteintes à l’environnement, dépôts de déchets…« , liste Frédéric Laffont, brigadier-chef principal, à la tête de la police municipale de L’Isle-sur-la-Sorgue, en charge de la patrouille fluviale, qui existe depuis 2013.
Les esquifs glissent sur les eaux transparentes. On en voit de toutes les couleurs. Des jaunes, des verts, des rouges, en fonction des loueurs. Et aussi, ce jour-là, des bleus : ceux de la police municipale et des gendarmes de la brigade de L’Isle-sur-la-Sorgue.
La descente sur la rivière la Sorgue, la plus importante exsurgence de France métropolitaine, va durer environ trois heures. Entre Fontaine-de-Vaucluse et L’Isle-sur-la-Sorgue, depuis le 1er juillet et jusqu’à fin août, fonctionnaires et militaires effectueront une vingtaine de descentes, dont certaines de nuit. « Il peut y avoir des rave-parties, des feux de camp…« , précise le chef, un barreur hors pair. Théodora, son équipière du jour, à l’avant, assure puissance et cadence.
Des renforts saisonniers
Descendre ces eaux « glaciales » (14 °C, ça pique !), c’est une première pour le chanceux duo de gendarmes, formé par Guillaume, effectif en renfort arrivé de Decize (Nièvre) et Tommy, jeune réserviste avignonnais. « J’ai fait les Gorges de l’Ardèche, mais jamais la Sorgue« , sourit le premier militaire, natif d’Arles.

Avec d’autres gendarmes, notamment venus de Dijon, il fait partie du renfort estival pour la compagnie d’Avignon qui s’inscrit dans le dispositif estival de protection des populations (DEPP). « Comme chaque été, le groupement de gendarmerie départementale de Vaucluse bénéficie de renforts saisonniers afin de faire face à l’augmentation de l’activité liée à l’afflux de touristes« , explique le lieutenant-colonel Nicolas Zymelka.
Respect du milieu naturel
Dans un des méandres, au niveau du camping La Coutelière, à Lagnes, Estelle, touriste hollandaise croisée sur un paddle, doit remettre à l’eau les cailloux ramassés par sa fille. La fillette est déçue.

Si un garde-rivière de la Fédération de pêche, ou bien un agent de l’Office national de la biodiversité, qui participe de temps à autre à ces descentes, était présent, il lui aurait expliqué que c’est un milieu naturel, avec notamment plusieurs espèces endémiques, dont ces petits mollusques, qui ne vivent nulle part ailleurs sur Terre qu’ici, dans la Sorgue, et qui font du dessous des cailloux leur habitat. « Il faut respecter la nature« , résume Frédéric Laffont, mentionnant aussi les bancs de vairons et de chevesnes qui ont élu, avec la truite fario et l’ombre, domicile dans cette eau douce vauclusienne.
« C’est une excellente initiative« , estime la touriste batave, qui ne peut s’empêcher de mentionner le petit groupe généralement posté en face et qui fume non pas des algues mais bien de l’herbe de cannabis.

Les campeurs sont nombreux sur les berges. Ils savent jusqu’où ils peuvent aller avec leur paddle. Car techniquement, cette embarcation est interdite sur la rivière. Sa pratique est proscrite l’été par arrêté préfectoral. « Cette année, tiens, pas encore de barbecues sauvages« , note le chef de la PM, qui a l’œil partout.
« Polizei, Wunderbar ! »
Et il faut dire que l’été, la descente de la Sorgue en canoë est une attraction touristique majeure. « C’est la première semaine de la saison où il y a autant de monde« , confirme l’agent. Jusqu’à 1 200 personnes par jour en moyenne et plus de 850 embarcations profitent de cette eau à l’équilibre environnemental fragile.
Sur la terre ferme, un touriste allemand couleur homard est étonné de voir la « Polizei, ach ja ! » patrouiller en canot. « Wunderbar !« , s’exclame-t-il joyeusement (traduction : « fantastique », en français). Un peu plus loin, Lucas et Axel, 19 ans, chillent au bord de l’eau, qu’ils connaissent très bien pour y venir depuis leur tendre enfance. Les deux amis sont gentiment invités à se déplacer car ils sont installés sur un terrain privé au barrage de Mousquety.

« On les croisait moins avant. Maintenant, ils sont sur l’eau avec nous. » Fût un temps, ces jeunes avaient l’habitude d’accrocher leur hamac au-dessus de l’eau. « Je me réveillais, ils étaient juste en dessous« , se souvient l’un d’eux.
Des médiateurs aussi sur le pont
« Vous avez un Taser ?« , demande un garçon, posé dans l’eau avec ses amis. La question peut prêter à sourire, surtout quand on sait les dégâts que fait l’électricité dans l’eau… Eh bien réponse surprenante du chef de patrouille : « Les nouveaux pistolets à impulsion électrique sont étanches, jusqu’à 1 mètre de profondeur.«
Le cortège flottant arrive désormais au Partage des Eaux. L’équipage fait une pause pour marquer sa présence au milieu de dizaines de touristes, qui, là encore, ne sont techniquement pas autorisés à se baigner.

« Tolérance…« , confirme le gradé, qui vient de reprendre un homme confortablement installé dans sa chaise de camping, au milieu des poissons, en train de fumer une chicha. « Sans l’arrêté municipal qui prévoit cette interdiction, il y aurait une vingtaine de transats alignés ici« , assure Frédéric.
« Le problème, c’est que les gens oublient que la Sorgue est dangereuse, regrette celui qui connaît la rivière comme sa poche de bermuda floqué ‘POLICE MUNICIPALE’. Il y a des trous, des courants, sans compter les risques d’hydrocution avec une eau à 13-14° toute l’année.«
Et justement, en parlant de touristes qui croient savoir mais qui oublient l’essentiel, ce Parisien est un parfait exemple. « Qu’est-ce qu’on peut faire avec nos canoës ? » « Rien, lui répond d’emblée Frédéric. Vous n’avez pas de gilet, pourtant obligatoire dans le cadre de l’arrête préfectoral. » « Mais je sais nager« , rétorque le touriste. Et le policier de lui rappeler le choc thermique qui peut être fatal entre les 40 degrés de l’air et les timides 14 de l’eau.

Doucement, les bateaux des forces de sécurité naviguent vers la case retour… Sur le « Pont Vert », haut lieu pour les amoureux du cliff jumping, ces plongeons dangereux et interdits, Marco et son équipe de médiateurs de la tranquillité publique veillent aussi. « Vers 16 heures, les sauteurs ne devraient pas tarder à arriver !«
Source : www.laprovence.com