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Des familles roms d’un bidonville crasseux à une ancienne gendarmerie

Un campement de Roms à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, le 18 décembre 2014

Un campement de Roms à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, le 18 décembre 2014 © AFP – Joël Saget

Ils résument d’un mot le bidonville qu’ils sont en train de quitter: « un naufrage ». Onze familles roms parmi la centaine ayant cohabité sur ce terrain d’Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, se sont installées jeudi dans une ancienne gendarmerie où des logements « de transition » ont été mis à leur disposition.

Pour occuper ces appartements communautaires, chaque famille déboursera 50 euros par mois, ou 10% de ses revenus le cas échéant. « On les prépare à la vraie vie, on ne fait pas de l’assistanat », explique le gestionnaire social Amin Sahidi, en inscrivant sur la rangée de boîtes aux lettres les numéros des locataires.

Cette nouvelle vie en centre-ville, Marian Plétéa, qui emménage avec sa femme, en rêve depuis son arrivée en France en 2007. Il fait partie de la centaine de Roms qui erraient dans les rues de cette municipalité communiste du Val-de-Marne, après l’incendie de leur campement, en février 2011, où un homme avait péri.

Hébergés d’abord dans un gymnase, les sinistrés s’étaient rapidement installés sur un terrain à proximité. La mairie avait prêté des tentes, puis les hommes avaient reconstruit des baraques. Petit à petit, près de 400 personnes s’étaient retrouvées sur cette friche de la rue Truillot, sous les fenêtres de la cité Gagarine et ses immeubles de brique rouge.

Un campement de Roms à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, le 18 décembre 2014 © Joël Saget AFP

Aujourd’hui, quelques cabanes et caravanes subsistent parmi les amoncellements de ferraille et d’immondices. Ici, c’est « la misère, les enfants malades », « pas de douches », et « les rats » qui pullulent jusqu’à creuser des galeries sous les voies du RER, résume Romain Sourage, aux côtés de sa femme et de l’un de ses fils.

Eux attendent encore, l’air abattu, un éventuel relogement. « Sans maison, pas de travail. Sans travail, pas de maison », constate ce père de cinq enfants. S’appuyant sur une circulaire ministérielle d’août 2012, les associations avaient demandé qu’un « diagnostic social » soit réalisé et « que l’expulsion ne soit pas la seule perspective » de ce bidonville, raconte Sacha Kleinberg, du collectif de soutien aux Roumains d’Ivry.

– « On va changer de vêtements, de mode de vie » –

« Certaines familles – une cinquantaine – ont tiré le bon numéro à la loterie sociale. […] On ne peut qu’être satisfaits si elles sortent de cet endroit-là pour avoir des conditions de vie dignes », déclare-t-il. Mais dans le bidonville qui s’enfonce dans l’hiver et dans la boue, « des tensions naissent » entre ceux qui ont été choisis et les autres, ajoute le militant, cheveux blancs et veste en jean.

Un campement de Roms à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, le 18 décembre 2014 © Joël Saget AFP

Serrant fièrement dans une pochette de couleur leur contrat nouvellement signé, les Roms appelés à emménager dans l’ancienne gendarmerie s’y engouffrent sans attendre le discours des officiels. Les trois étages habitables de la vieille bâtisse s’illuminent et, très vite, cela sent le savon et le plaisir de pouvoir prendre une douche chaude.

Les 22 adultes et 13 enfants connaissent déjà les lieux, mis à disposition par la mairie, pour avoir participé à leur rénovation et à leur ameublement. Financièrement, le Conseil général a avancé 500.000 euros, qui « ont vocation à être remboursés par l’Union Européenne », explique un élu local.

Pour autant, les familles, qui partageront salon, cuisine et cabinet de toilette, doivent encore prendre leur autonomie. « Toutes sont inscrites à Pôle Emploi et aux cours de français », dit Amin Sahidi, et les enfants sont scolarisés. Déjà, trois hommes ont trouvé un travail, et « pourraient prétendre à un logement normal dans six mois ».

« J’ai répondu à une offre d’emploi. Bien sûr que je vais travailler, pour devenir bien française », dit Goanina Roman. « On va changer de vêtements, de mode de vie », s’enthousiasme Marian. Il a candidaté pour être chauffeur-livreur et attend une réponse, « peut-être demain ».

Les yeux rougis d’émotion, il demande le micro lors de l’inauguration: « Je suis instruit, je suis allé à l’école en Roumanie, mais je n’ai pas eu la chance d’y trouver un travail. J’espère que nos vies et celles de nos enfants changeront à partir de ce jour ».

19/12/2014 13:43:58 – Ivry-sur-Seine (AFP) – Par Jules BONNARD – © 2014 AFP

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