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Le - « Faire le maximum » pour accompagner les personnes en situation de détresse sociale

 

Erell Cahagnon (au centre) travaille en étroite collaboration avec les forces de l'ordre, ici les gendarmes de la brigade territoriale du camp de Faa'a.

Erell Cahagnon (au centre) travaille en étroite collaboration avec les forces de l’ordre, ici les gendarmes de la brigade territoriale du camp de Faa’a.
PAPEETE, le 23 septembre 2015 – Dans le cadre de sa rubrique hebdomadaire « Mieux comprendre », la rédaction de Tahiti Infos s’est intéressée cette semaine au rôle de l’intervenant social en commissariat et gendarmerie (ISCG). Erell Cahagnon est l’un de ces travailleurs sociaux comme on les surnomment aussi, en Polynésie française.
Diplômée en psychologie clinique et victimologie, cette jeune femme conseille et aide depuis 2007 les gendarmes et policiers du fenua dans l’exécution de leur mission de sécurité publique, lorsqu’ils sont confrontés à des situations à caractère sociales : affaires de mœurs, violences intra-familiales, phénomènes de drogue, fugues d’adolescents, vols avec violence, conflits de voisinage, etc…
Son intervention soulage et complète leur intervention pour une meilleure prise en charge. Grâce à cette aide, les gendarmes et policiers peuvent ainsi mieux se concentrer sur leurs missions judiciaires.
Intervenant social en commissariat et gendarmerie (ISCG), c’est quoi ?« Le rôle de l’intervenant social est d’accueillir toute personne majeure ou mineure, victime, mise en cause ou nécessitant des informations, concernée par une affaire présentant un volet social dont les services de police ou de gendarmerie ont été saisis. Son rôle est de faciliter l’accès des victimes et personnes fragilisées à une information complète, de leur permettre d’être mises en relation avec les institutions aptes à répondre à leurs besoins. Son intervention soulage et complète l’intervention des gendarmes et policiers, pour une meilleure prise en charge. Grâce à cette aide, les gendarmes et policiers peuvent ainsi se concentrer sur leurs missions judiciaires. Par ailleurs, le dispositif permet de renforcer les liens entre la gendarmerie et la police et l’ensemble des acteurs locaux. »

Depuis quand existent ces postes d’intervenants sociaux ? Quel est votre formation, et depuis quand exercez-vous à ce poste en Polynésie française ?

« Les premiers postes d’intervenants sociaux ont été créés en France dans les années 1990, puis se sont développés dans le cadre de la «loi de prévention de la délinquance» de 2007. Aujourd’hui il y a environ 240 ISCG en France et en outre-mer. Ce poste existe en Polynésie depuis novembre 2007, grâce aux Fonds interministériels de Prévention de la délinquance, alloués par le haut-commissariat. Diplômée d’un master 1 en psychologie clinique et victimologie et un master 1 en action sociale et santé, j’exerce à ce poste depuis 2007. »

De quelle manière intervient l’intervenant social ? Quel est votre quotidien, à quoi ressemble une journée type ?

« Mon bureau se situe dans les locaux de la gendarmerie de Papeete. Chaque jour, je prends connaissance des informations envoyées par les brigades au centre d’Opérations et de renseignement de la gendarmerie, puis j’identifie les situations présentant une problématique sociale telles que : violences conjugales, conflits familiaux, droits de garde, tentative de suicide, personnes vulnérables, etc.
Je contacte les personnes, et leur propose une rencontre à mon bureau ou en brigade afin d’évaluer la situation. L’objectif est de les conseiller et de les orienter vers les partenaires locaux, tels que l’association d’aide aux victimes, les services sociaux, les foyers d’hébergement d’urgence, etc…
En parallèle, je suis également sollicitée directement par les enquêteurs pour les situations qu’ils traitent au quotidien. Je me déplace donc régulièrement au commissariat et dans les brigades de l’île de Tahiti, pour y recevoir les personnes qui me sont orientées. J’accueille également les familles des mineurs entendus à la brigade de Prévention de la délinquance juvénile à Papeete. Je suis aussi amenée à accompagner certaines victimes à des examens médicaux, dans un foyer d’hébergement d’urgence, ou encore à l’association d’aide aux victimes. »

Quelle différence avec l’association d’aide aux victimes ?

« Les intervenants sociaux et les associations d’aide aux victimes sont complémentaires. Les modes de saisine et les lieux d’accueil sont différents puisque les ISCG sont sollicités par les forces de l’ordre et interviennent au sein même des brigades ou commissariat pour accueillir les victimes. Par ailleurs le public reçu par la gendarmerie ou la police est large et ne relève pas systématiquement d’infraction pénale, par exemple lorsqu’il s’agit de mineurs en fugue, de personne en détresse sociale, psychologique, psychiatrique ou nécessitant des informations, des situations où les personnes concernées, qui ne sont pas « victimes » ne vont transiter que par les forces de l’ordre, le secteur médical, ou social. Étant donné le nombre important de victimes rencontrées, l’association d’aide aux victimes est un relais fondamental et constitue un de mes partenaires privilégiés. J’oriente un grand nombre de victimes d’infractions vers les juristes de l’association ou leur psychologue pour qu’elles soient accompagnées tout au long de leur procédure. »

A quels cas de figure êtes-vous le plus fréquemment confrontée, on pense tout de suite aux violences conjugales, ou intrafamiliales par exemple ? Vos fonctions vous amènent-elle aussi à traiter les mis en cause ?

« Evidemment les violences intra-familiales représentent une bonne partie de mon activité. Je rencontre aussi beaucoup de cas de violences sexuelles sur les mineurs, d’affaires civiles comme les conflits familiaux ou de voisinage, des fugues de mineurs, des personnes vulnérables (tentatives de suicides, personnes âgées en difficulté)… il m’arrive aussi parfois de rencontrer en brigade un mis en cause dans une procédure de violences conjugales ou de non-respect d’un jugement de garde d’enfant, pour essayer de calmer des tensions et trouver des arrangements temporaires concernant la famille. »

Vous travaillez pour la gendarmerie et la police, mais avez-vous des missions d’ordre judiciaires ?

« Non, les missions des ISCG relèvent de l’action sociale et de la prévention. Ils n’ont pas de missions d’ordre judiciaire. Mais les intervenants sociaux sont là pour conseiller et aider les gendarmes et policiers dans l’exécution de leur mission de sécurité publique lorsqu’ils sont confrontés à des situations à caractères sociales. »

En 8 années d’activité sur le territoire, quelles sont les affaires qui vous ont le plus marquées ?

« Par respect des victimes et du secret professionnel je ne vais pas citer d’exemples précis. Toutes les situations sont sensibles, et parfois la personnalité d’une victime, sa façon de surmonter un traumatisme quel qu’il soit, rend une affaire particulièrement marquante. Parmi les affaires pénales qui marquent, il y a par exemple les abus sexuels sur des mineurs par un membre de leur famille, ou bien encore ces familles qui perdent un proche dans un accident de la route ou dans d’autres conditions tragiques… »

Ce n’est pas trop déprimant d’être quotidiennement au contact de cette détresse sociale ?

« En tant que travailleur social, on essaye de faire le maximum pour soutenir les personnes dans leurs moments difficiles. Cela n’est pas toujours facile de faire face à la détresse humaine sans être affecté, mais c’est un travail motivant, on a vraiment la sensation d’être utile, les personnes sont réconfortées d’être écoutées et conseillées. »

Sourcewww.tahiti-infos.com
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