Articles

Le - Les gendarmes mettent fin au trafic sur le port de commerce

Les gendarmes mettent fin au trafic sur le port de commerce

Cinq personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre d’une enquête pour contrebande, recel de cigarettes et d’alcool. Une affaire révélée suite à une erreur de cible des militaires.

Les gendarmes mettent fin au trafic sur le port de commerceLes cartouches de cigarettes arrivaient au Tréport sur des cargos. Les dockers et personnels du port les achetaient auprès des marins moyennant 20 €. (Photo d’illustration)

Sans cette bourde, l’affaire n’aurait pas été révélée aussi rapidement. Dans le cadre d’une enquête pour trafic de cigarettes et d’alcool sur le port de commerce du Tréport, les gendarmes se sont trompés de cible. « En mai 2013, la brigade de recherches a été saisie pour diriger l’enquête sur la contrebande et le recel en bande organisée, indique Patrice Lagadec, commandant de la compagnie de gendarmerie de Dieppe. Les faits ont été dénoncés par les douanes, qui ont verbalisé l’équipage russe d’un navire. »

Surveillance physique et écoute confirment les soupçons des militaires sur l’implication de dockers et d’autres personnels du port dans le trafic. Sur réquisition du procureur de la République, perquisitions et interpellations sont décidées.

Une plainte contre les gendarmes

Mercredi 13 novembre, à l’aube, une descente de gendarmerie vise simultanément des personnes habitant Bouvaincourt-sur-Bresle, Saint-Quentin-Lamotte et Le Tréport. Rue de Normandie, dans la cité portuaire, les militaires doivent intervenir dans une maison où résident trois de leurs cibles, « dont une personne déjà connue pour des faits de violence », signale le commandant. L’engagement du PSPG (Peloton spécialisé de protection de la gendarmerie) de Penly est demandé sur cet objectif. « Ces militaires disposent d’une formation particulière, de matériel adapté et représentent une force de persuasion », argumente le commandant.

À 6 heures, les différents groupes (soit une quarantaine de militaires) interviennent. « Le PSPG s’est dirigé vers une habitation proche du domicile des trois personnes recherchées, mais ce n’était pas la bonne », reconnaît Patrice Lagadec. Dans cette habitation, vivent un sexagénaire et son épouse, alitée. Les gendarmes frappent, la porte s’ouvre, l’homme est menotté. L’erreur n’apparaît que lorsque les retraités déclinent leur identité. La colonne se dégage rapidement. L’intervention aura à peine duré trois minutes. Les trois bons protagonistes seront finalement interpellés.

Comment les militaires ont-ils pu se tromper alors que des reconnaissances avaient été effectuées ? « La nuit tout peut arriver », soupire le commandant qui, le jour même, à 7 h 45, venait rencontrer les retraités choqués avec le capitaine Canu, de la brigade territoriale du Tréport. « Nous leur avons expliqué ce qui s’était passé, ils ont bien compris qu’une erreur pouvait arriver. » De poursuites, il n’était alors pas question. Sauf que, lundi 18 novembre, le couple est venu déposer plainte à la gendarmerie locale.

Pour éviter toute partialité, la procureure de Dieppe, Valérie Cadignan, a souhaité dépayser le dossier. L’enquête a été confiée à la brigade de recherches de Neufchâtel-en-Bray. S’il admet qu’il y a bien eu erreur, Patrice Lagadec conteste les rumeurs faisant état d’hommes cagoulés, de porte cassée… « Le PSPG est intervenu avec son équipement normal : casque, gilet pare-balles et armement. Mais il n’y a eu ni effraction, ni violence. Nous sommes intervenus dans le cadre légal. »

Au total, une quinzaine de personnes ont finalement été interpellées par les gendarmes : dix ont été entendus librement, cinq (une femme et quatre hommes, âgés de 40 à 50 ans) dans le cadre d’une garde à vue. Les perquisitions se sont avérées positives et tous ont reconnu le trafic. Il durait pour les uns « depuis toujours », pour d’autres depuis « 3 ans », « 10 ans ». Les principaux concernés seront convoqués en justice. L’enquête, encore au stade préliminaire, se poursuit. Elle pourrait déboucher sur d’autres interpellations.

ANNE-MARIE QUÉMÉNER

180 cartouches par an

Le mode opératoire était bien huilé. Les marins (qui ont le droit de détenir ces produits détaxés sur les bateaux) mettaient les cartouches de cigarettes dans des sacs poubelle et les déposaient dans les conteneurs dédiés. Ceux-ci étaient ensuite déplacés par les mis en cause pour ne pas être visibles des caméras de vidéo surveillance, puis vidés. Le partage se faisait ensuite dans les locaux du port. Achetées 20 €, les cartouches de cigarettes étaient soit consommées soit revendues à prix coûtant. Depuis 3 ans au moins, elles auraient été écoulées à raison de 180 par an. Les bouteilles d’alcool, elles, étaient des cadeaux des capitaines des bateaux lorsqu’ils étaient satisfaits du travail effectué. Leur quantité n’est pas estimée.

Source : courrier picard(1) www.courrier-picard.fr

Be Sociable, Share!