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Le - L’Etat rénove les quartiers sensibles mais délaisse les logements des gendarmes

L’Etat rénove les quartiers sensibles mais délaisse les logements des gendarmes

Une proposition de loi sur le financement de la réhabilitation des casernes de militaires et de gendarmes a été rejetée par l’Assemblée nationale.

Philippe Franceschi Consultant en sécurité

Les gendarmes bénéficient d’une concession de logement par nécessité absolue de service sur leur lieu de travail, qu’ils sont tenus d’honorer en contrepartie d’une disponibilité permanente. La gendarmerie gère aujourd’hui plus de 75.000 logements. En général, la famille suit bien évidemment le gendarme au gré des mutations. Cette suggestion implique que l’État doit veiller à une certaine qualité de son parc immobilier.

Les crédits afférents ont toujours été insuffisants, variable d’ajustement des budgets. Il faudrait actuellement débourser entre 200 et 300 millions d’euros par an pour la réhabilitation des logements. Le ministère de l’Intérieur ne lui consacre que 74 millions d’euros cette année et aucun euro n’est consacré à l’entretien courant depuis 2013. Un niveau de dépenses historiquement bas. La situation pourrait même devenir ingérable d’ici quelques années car les plans de remboursement montent soudain à partir de l’année 2019, du fait des contrats de construction de type partenariat public-privé (PPP).

Une proposition de loi sur le financement, par l’Agence nationale de rénovation urbaine, de la réhabilitation des casernes de militaires et de gendarmes a été rejetée par l’Assemblée nationale jeudi 3 décembre. C’est le genre d’information qui passe inaperçue et qui est souvent révélateur de l’état d’esprit d’une époque.« L’ANRU n’a pas été créée pour répondre à cette problématique et ne peut se substituer aux ministères de la Défense et de l’Intérieur », a expliqué le ministre de la Ville Patrick Kanner devant les députés. Ce n’est pas faux, mais des dérogations ont déjà profité à cinq programmes, dont les internats d’excellence, accessibles aux élèves des zones urbaines sensibles, décidés en 2010 sous Sarkozy dans le cadre de l’égalité des chances. Mais, apparemment, les gendarmes et les militaires ne sont pas dignes d’une telle dérogation !

Dans les années 80, époque ou je commandais un escadron de gendarmerie mobile, il n’était pas rare que les gendarmes mobiles soient logés misérablement, notamment en région parisienne, afin d’assurer, par exemple et cas vécu, la garde d’immigrés en situation irrégulière logés, eux, dans un hôtel Mercure 3 étoiles en attendant l’étude de leurs dossiers. Voilà comment l’on traitait déjà les serviteurs de l’État à l’époque, et je m’aperçois que ça n’a pas beaucoup évolué.

Il y a un décalage entre les hommages répétés aux militaires et gendarmes particulièrement mobilisés ces temps-ci et l’absence de crédits pour réhabiliter et entretenir leurs logements et casernes. La vétusté et l’insalubrité de certaines casernes de gendarmerie reviennent régulièrement dans les préoccupations des gendarmes et de leur famille. Cet aspect de la vie quotidienne figurait parmi les principales revendications lors des grandes crises de 1989 et de 2001 dans la gendarmerie. Les leçons n’ont donc servi à rien et nos gouvernants ont toujours aussi peu de considération pour leurs gendarmes et militaires.

Trois ministères se rejettent le bébé. Celui de l’Intérieur auquel est rattaché la gendarmerie depuis 2009 et qui gère donc son parc immobilier, celui de la Défense puisque les gendarmes ont le statut militaire, et celui des Finances qui renvoie les deux premiers face à face et qui a souvent le dernier mot. Le budget « sécurités » étant voté par le Parlement, c’est donc la représentation nationale qui, in fine, endosse cette situation alors qu’elle aurait pu y remédier par l’adoption de ce projet de loi. Le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur n’a pas rendu plus efficace la gestion de cette problématique.

Attention à ne pas trop tirer sur la corde en ces temps difficile où l’on demande toujours plus aux gendarmes, militaires et policiers. Récemment, des balcons sont pour ainsi dire tombés dans les casernes de Melun et de Maisons-Alfort, où l’un d’eux s’est même écrasé à quelques mètres d’une épouse de gendarme. Cette situation n’est pas digne de notre République.

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