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Le - « Tout ça, parce qu’il est gendarme »

MONTBÉLIARD – JUSTICE

« Tout ça, parce qu’il est gendarme »

Ce lundi matin, le tribunal de Montbéliard s’est longuement penché sur le cas de cet homme de 40 ans poursuivi pour des agissements répréhensibles à l’encontre de sa femme, d’un voisin et de ses collègues gendarmes.

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  • LE 06/11/2017 À 16:53
  • MIS À JOUR À 19:39
À la suite des événements, le gendarme s’est vu retirer son habilitation Officier de police judiciaire pour être cantonné à des tâches administratives. Photo d’illustration

Photo HD À la suite des événements, le gendarme s’est vu retirer son habilitation Officier de police judiciaire pour être cantonné à des tâches administratives. Photo d’illustration 

« Quatre heures d’audience ! », observe Me Euvrard, l’avocat de la défense, au moment d’entamer une plaidoirie qui rallongera d’une demi-heure supplémentaire l’examen du dossier. « Quatre heures d’audience car vous avez affaire à un gendarme. Jamais, cela n’aurait eu cette portée si vous aviez jugé un quidam ». Pour reprendre l’image de Julie Fergane, la vice-procureur, c’est l’histoire « d’une dégringolade personnelle et professionnelle » qui occupe les magistrats. Personnelle d’abord puisque le couple formé par le prévenu et son épouse bat de l’aile. Madame évoque un alcoolisme prégnant et des frustrations professionnelles qui ont fini par avoir raison de sa patience. Elle veut le quitter , divorcer. Lui refuse de s’y résoudre. Le dialogue est rompu. Pour tenter de renouer le fil, le mari tente, le 15 janvier, d’embrasser de force sa femme. La situation dégénère en cris, peut-être même en violences. Madame dit avoir eu le cou serré et avoir répliqué en lui griffant le visage. D’autres scènes, en extérieur, sont évoquées. En décembre dernier, l’époux aurait littéralement barré la route de sa femme, avec sa voiture, pour tenter d’avoir des explications. Il y a cet épisode, le 13 avril, devant le collège des enfants où les parents s’embrouillent encore.

Me Euvrard : « Nous ne sommes pas devant le tribunal de la morale »

Et puis, il y a cette journée du 19 juillet. Le quadragénaire, qui a depuis quitté le foyer conjugal, vit désormais dans les locaux de l’unité de gendarmerie où il est affecté. Là encore, il y a des tiraillements. Pas avec ses collègues mais avec un voisin. Un voisin qui connaît bien le commandant de la brigade et qui va se plaindre auprès de lui de son subordonné. L’allusion faite par son chef fait dégoupiller le militaire (qui n’est pas de service ce jour-là). Il s’emporte et dit qu’il va aller « buter l’autre connard (sic) ». Sur ces mots, il part fissa en direction du domicile visé. La rencontre est houleuse et ponctué, d’après le voisin d’un coup de poing dans le ventre. « Un coup d’arrêt », nuance le prévenu, évoquant une technique pour repousser un assaillant. Dans l’effervescence, deux gendarmes, dont le patron de la brigade, cherchent à s’interposer. Ils récoltent des coups. « Involontaires », estime le mis en cause qui ajoute : « Je ne vois pas pourquoi j’aurais frappé des collègues ». L’affaire prend tellement d’ampleur que le commandant de la compagnie de Montbéliard et le PSIG sont appelés en renfort. « Vous paraissiez ingérable », note la présidente Rachel Guillot. « Je n’ai pas eu une bonne réaction, c’est clair », nuance celui qui est toujours militaire mais qui a été muté depuis. Il a perdu son habilitation Officier de police judiciaire (OPJ) en même temps que le droit de porter une arme. Ce 19 juillet, lors de son placement en garde à vue, il avait 1,70 g d’alcool dans le sang. Il explique avoir bu trois pastis après l’altercation. « Vous dites que vous n’avez pas de problème avec l’alcool mais votre attitude est quand même surprenante », relève la présidente. Face aux deux ans de prison avec un sursis mise à l’épreuve encadré d’obligations, requis par le procureur, M eEuvrard s’emporte. « On fait le grief à mon client de s’être, moralement, mal comporté. Mais nous ne sommes pas devant le tribunal de la morale. Nous sommes là pour faire du Droit. Rien que du Droit ! » Point par point, l’avocat s’évertue à démontrer que les délits reprochés à son client ne sont pas « juridiquement constitués ». Il plaide pour une relaxe pure et simple. Après 4 h 30 de débats et d’échanges, le tribunal a décidé de se donner un temps de réflexion pour scrupuleusement étudié les pièces. Le jugement est mis en délibéré et sera rendu lundi prochain.

Sam BONJEAN

Sourcewww.estrepublicain.fr

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