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Sécurité : « Les clans mafieux sont partout, et la France ne fait exception »

INTERVIEW En poste depuis trois ans à Rome en tant qu’attaché de sécurité intérieure, le colonel de gendarmerie Grégory Goumain nous en dit plus sur ses missions

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

Publié le 30/08/23 à 18h45 — Mis à jour le 30/08/23 à 18h45

Illustration d'un agent de police italien.
Illustration d’un agent de police italien. — Mauro Scrobogna/LaPresse/Shutter

Dépendant du ministère de l’Intérieur, la direction de la coopération internationale de sécurité organise actuellement son colloque annuel. A cette occasion, les attachés de sécurité intérieure, les officiers de liaison en poste en ambassade, et les experts nationaux détachés au sein d’organisations internationales se retrouvent pour échanger et débattre des enjeux de coopération actuels.

En poste depuis trois ans à Rome, en Italie, le colonel de gendarmerie Grégory Goumain explique à 20 Minutes quelles sont ses missions.

Quelles sont vos missions en tant qu’attaché de sécurité intérieure ?

Nous avons cinq types de missions. La première concerne la coopération institutionnelle. Il peut s’agir, par exemple, d’échanges de formations. Prochainement, les gendarmes de l’Oclaesp vont se former à la prévention des feux de forêt en Italie, car les carabiniers disposent d’un centre spécialisé sur cette question. La seconde concerne la coopération opérationnelle, notamment dans le domaine judiciaire. En clair, nous faisons le lien entre les services d’enquêtes français et italiens. Nous les aidons à identifier et à contacter les services de l’autre pays les plus pertinents pour les aider à avancer dans leurs investigations.

Il y a aussi les sujets qui tournent autour de la gestion de crise. En juin dernier, au moment des inondations dans la région d’Emilie-Romagne, la France a proposé, par le biais du mécanisme européen, d’envoyer du matériel. C’était à mon service d’accompagner les unités de Sécurité civile qui se sont rendus en Italie, et de faire le lien avec la Sécurité civile italienne pour tout ce qui concerne la logistique, la répartition des missions.

Nous faisons aussi de l’appui à la communauté française. Il peut s’agir de ressortissants français placés en garde à vue en Italie. Nous intervenons alors avec le consul général pour leur apporter un soutien juridique. Autre mission : nous aidons les entreprises françaises qui travaillent dans le domaine de la sécurité à s’implanter de l’autre côté des Alpes. Nous leur exposons la situation du marché italien et leur présentons les besoins des forces de sécurité locales. Enfin, en tant qu’ASI, je suis aussi placé sous l’autorité de l’ambassadeur de France, dont je suis le conseiller sécurité intérieure.

L’un des sujets qui mobilise votre service est la coopération entre la France et l’Italie dans la lutte contre la criminalité organisée. Quels sont les enjeux de ce sujet ?

Les organisations criminelles de types mafieuses sont implantées partout, principalement là où la diaspora italienne s’est installée. La France ne fait pas exception puisque l’immigration italienne est très ancienne. Pour autant, les liens n’ont pas été coupés avec les organisations mafieuses bien implantées en Italie. Ces groupes jouent sur les liens familiaux et claniques pour être les plus discrets possibles et justifier des rapports qu’elles entretiennent en France. Les services italiens nous aident à jalonner les trajets des Italiens défavorablement connus de leurs services vers la France.

Quels types de dossiers sont concernés ?

Il s’agit souvent d’affaires de blanchiment ou de recyclage. La France est aussi concernée par tout ce qui tourne autour de la contrefaçon : fausse monnaie, produits de luxe ou alimentaires. Il y a également les sujets liés au détournement de subventions européennes autour de la gestion des déchets, et ceux liés aux investissements immobiliers.

En quoi le colloque, qui se termine vendredi, est important pour vous ?

Il est intéressant, pour nous qui sommes à l’étranger, de revenir une fois par an dans l’Hexagone, afin d’échanger avec les directions centrales pour comprendre quelles sont les priorités de la France.

Elles concernent en ce moment la préparation de la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques. Nous prévoyons en particulier l’envoi de policiers et de carabiniers italiens qui vont venir renforcer les forces de l’ordre françaises, dans les stades et aux abords des stades où jouera leur équipe. Ce sujet intéresse beaucoup les Italiens, car ils accueilleront les Jeux olympiques d’hiver dans deux ans.

Source : www.20minutes.fr

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